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La Chanson de Roland — lecture intégrale du plus ancien grand poème français
Une arrière-garde sacrifiée dans un col des Pyrénées, un cor que l'orgueil retient de sonner, un sacrifice devenu le mythe fondateur de la chevalerie française.

En bref
La Chanson de Roland est le plus ancien texte majeur conservé de la littérature française, une chanson de geste composée à la fin du XIᵉ siècle. Elle raconte, très librement, la destruction de l'arrière-garde de l'armée de Charlemagne au col de Roncevaux, dans les Pyrénées, le 15 août 778. Son héros, Roland, préfère mourir avec ses hommes plutôt que d'appeler Charlemagne trop tôt à l'aide ; son refus de sonner le cor Olifant jusqu'à l'heure fatale en a fait l'incarnation de l'orgueil chevaleresque et du sacrifice. Cette lecture intégrale, par Louis Brach, dure 3 h 04.
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La Chanson de Roland — lecture intégrale — lu par Louis Brach
« 3 heures de sacrifice et d'honneur. »
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Non cartographié : le lieu de l'action est hors de France. Traité comme entrée de navigation autonome.
Ce que raconte La Chanson de Roland
La trahison de Ganelon
Après sept années de campagne en Espagne, Charlemagne s'apprête à rentrer en France : seule résiste encore Saragosse, tenue par le roi sarrasin Marsile. Ce dernier propose une fausse soumission pour gagner du temps. Charlemagne envoie un émissaire négocier les termes — Ganelon, le beau-père de Roland, désigné sur la proposition de son propre gendre.
Ganelon, humilié de se voir exposé à une mission dangereuse par l'entremise de Roland, complote en secret avec Marsile : il indique comment tendre une embuscade à l'arrière-garde de l'armée franque au retour, à condition que Roland en prenne le commandement — ce qu'il obtient de Charlemagne par ruse.
Le col de Roncevaux
Roland commande l'arrière-garde, avec à ses côtés son ami Olivier et l'archevêque Turpin. Dans l'étroit col de Roncevaux, l'armée sarrasine, largement supérieure en nombre, fond sur eux. Olivier presse Roland de sonner l'Olifant, son cor, pour rappeler Charlemagne et le gros de l'armée, encore proche.
Roland refuse : sonner le cor pour demander du secours serait, à ses yeux, une lâcheté indigne d'un chevalier. Le combat s'engage, acharné, et les Francs, en infériorité écrasante, tombent les uns après les autres.
L'Olifant sonné trop tard
Quand il ne reste presque plus personne à sauver, Roland se résout enfin à sonner le cor — non plus pour appeler du secours utile, mais pour que Charlemagne sache au moins ce qu'il est advenu de son arrière-garde. Il souffle avec une telle force que ses tempes se rompent. Charlemagne l'entend au loin et fait demi-tour, mais trop tard.
Roland meurt seul sur le champ de bataille, tentant en vain de briser son épée Durendal contre un rocher pour qu'elle ne tombe jamais aux mains de l'ennemi. Des anges emportent son âme au paradis.
Le retour de Charlemagne et le procès de Ganelon
Charlemagne, arrivé trop tard pour sauver Roland, écrase l'armée de Marsile puis les renforts venus de Babylone à la rescousse. De retour en France, il fait juger Ganelon pour trahison. Un duel judiciaire tranche en défaveur du traître, condamné à être écartelé.
La Chanson de Roland en onze lignes
| Titre | La Chanson de Roland |
|---|---|
| Genre | Chanson de geste (épopée médiévale en langue d’oïl) |
| Auteur | Anonyme. Le nom de « Turoldus » est cité au dernier vers du manuscrit d’Oxford ; son rôle exact — auteur, remanieur ou simple scribe — reste débattu. |
| Manuscrit de référence | Manuscrit d'Oxford (Bodleian Library, Digby 23), en anglo-normand |
| Datation | Composition située à la fin du XIᵉ siècle ; manuscrit copié au XIIᵉ siècle |
| Forme | Environ 4 000 vers décasyllabiques, réunis en laisses assonancées |
| Cycle littéraire | Matière de France (cycle carolingien) |
| Événement historique évoqué | Bataille du col de Roncevaux, 15 août 778 |
| Traduction utilisée | Traduction de l'anglo-normand par Ian Short |
| Lecteur | Louis Brach |
| Durée de la lecture intégrale | 3 h 04 min 55 |
D'un fait divers du VIIIᵉ siècle au mythe fondateur
Le poème transfigure un fait réel, bien plus modeste. Selon la *Vita Karoli Magni* d'Éginhard, biographe de Charlemagne écrivant au IXᵉ siècle, l'arrière-garde de l'armée franque, en retraite d'Espagne, fut anéantie le 15 août 778 dans les Pyrénées par des Vascons — des Basques — et non par des troupes musulmanes. Éginhard n'y cite qu'un seul nom d'officier tombé ce jour-là : Hruodlandus, préfet de la marche de Bretagne — le Roland de la légende.
Trois siècles séparent cet épisode mineur de sa mise en poème. Le récit inverse l'identité des assaillants, transformant une embuscade basque en guerre sainte contre l'Islam, et fait de Roland le neveu de Charlemagne — aucune de ces deux affirmations n'est appuyée par la source la plus ancienne. Cette réécriture répond aux besoins de son époque : offrir à la chevalerie française naissante, en pleine ère des croisades, un modèle de sacrifice et de fidélité féodale.
La tradition, rapportée par le chroniqueur anglo-normand Wace au XIIᵉ siècle, veut qu'un jongleur nommé Taillefer ait chanté une version de la Chanson de Roland devant les troupes de Guillaume le Conquérant, à la veille de la bataille de Hastings en 1066 — un récit lui-même impossible à vérifier avec certitude, mais qui témoigne de la place que le poème occupait déjà dans l'imaginaire chevaleresque un siècle avant la fixation du manuscrit d'Oxford.
Le manuscrit d'Oxford, rédigé en anglo-normand — la variante de l'ancien français parlée en Angleterre après la conquête normande —, reste la version la plus ancienne et la plus étudiée, bien que d'autres manuscrits, continentaux et plus tardifs, transmettent le même récit sous des formes remaniées.
Un lieu hors de la carte des légendes
L'action se déroule au col de Roncevaux, dans les Pyrénées espagnoles, à la frontière entre la Navarre et la France. Parce que ce lieu se trouve hors du territoire français que couvre la carte des légendes du podcast, cette lecture intégrale est traitée comme une entrée de navigation autonome plutôt que comme un pin géolocalisé — Non cartographié : le lieu de l'action est hors de France. Traité comme entrée de navigation autonome.
Le col de Roncevaux reste aujourd'hui une étape du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, traversée chaque année par des dizaines de milliers de pèlerins et de randonneurs qui empruntent le même passage pyrénéen que l'arrière-garde de Charlemagne en 778.
Sources
Cette lecture et cette page s'appuient sur les sources suivantes.
- La Chanson de Roland, manuscrit d'Oxford (Bodleian Library, Digby 23), XIIᵉ siècle. Traduction de l'anglo-normand par Ian Short.
- Éginhard, Vita Karoli Magni, IXᵉ siècle. Seule source contemporaine, très brève, de l'embuscade du col de Roncevaux en 778.
- Wace, Roman de Rou, XIIᵉ siècle. Source de la tradition, non vérifiable avec certitude, associant le jongleur Taillefer au chant de la Chanson de Roland à la bataille de Hastings (1066).
Voir aussi la page Sources folkloriques du podcast, qui recensera les recueils travaillés sur l'ensemble des épisodes.
Questions fréquentes sur La Chanson de Roland
Qui a écrit La Chanson de Roland ?
L'auteur reste anonyme. Le nom de « Turoldus » est mentionné au dernier vers du manuscrit d'Oxford, mais on ignore s'il désigne l'auteur, un remanieur ou le simple scribe qui a copié le texte.
La Chanson de Roland raconte-t-elle un fait réel ?
Elle s'inspire d'un fait réel très modeste : la destruction de l'arrière-garde de Charlemagne par des Basques, le 15 août 778, au col de Roncevaux, rapportée brièvement par le biographe Éginhard. Le poème, écrit trois siècles plus tard, transforme les assaillants basques en armée sarrasine et invente l'essentiel de l'intrigue.
Pourquoi Roland ne sonne-t-il pas le cor tout de suite ?
Par orgueil chevaleresque : demander du secours avant d'être vaincu lui semble déshonorant. Il ne sonne l'Olifant que lorsque la bataille est perdue, trop tard pour que Charlemagne puisse intervenir à temps.
Quel est le plus ancien manuscrit de La Chanson de Roland ?
Le manuscrit d'Oxford, conservé à la Bodleian Library sous la cote Digby 23, rédigé en anglo-normand et copié au XIIᵉ siècle. C'est la version de référence pour les éditions modernes du texte.
Qu'est-il arrivé à Ganelon ?
Jugé à son retour en France pour avoir livré l'arrière-garde de Charlemagne à l'ennemi, Ganelon est déclaré coupable à l'issue d'un duel judiciaire et exécuté par écartèlement.
Pourquoi cette légende est-elle absente de la carte des légendes ?
Parce que son action se déroule au col de Roncevaux, en Espagne, hors du territoire français couvert par la carte du podcast. Elle est traitée comme une entrée de navigation autonome plutôt que comme un pin géolocalisé.
Existe-t-il une version en plusieurs épisodes de La Chanson de Roland ?
Oui : au-delà de cette lecture intégrale de 3 h 04 min 55, le podcast propose également le texte sous la forme d'une série de 14 chapitres.
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