Dragons de FrancePoitou · Poitiers, rives du Clain · 4 min 32

La Grand'goule de Poitiers — le dragon du Clain vaincu par sainte Radegonde

Tapie sous la ville, dans les grottes creusées par le Clain, la Grand'goule dévorait les âmes impures — jusqu'à ce qu'une reine devenue sainte l'affronte, sans arme ni armure.

Illustration de l'épisode La Grand'goule de Poitiers, série Dragons de France

En bref

La Grand'goule est un dragon légendaire de Poitiers, tapi dans les grottes creusées par le Clain sous la ville. Selon la tradition, la bête à corps de serpent et ailes de chauve-souris dévorait de préférence les âmes impures. Sainte Radegonde, reine des Francs et fondatrice de l'abbaye Sainte-Croix, l'affronta sans arme : un signe de croix, de l'eau bénite, et la terre engloutit le monstre. Une effigie de bois de la Grand'goule, sculptée en 1677 par Jean Gargot, est conservée au musée Sainte-Croix.

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7 — La Grand'goule de Poitiers (Dragons de France)

Dragons de France · Saison 5, épisode 7 · 4 min 32

« Une horreur sans nom cachée dans les eaux calmes du Clain. »

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La légende de La Grand'goule de Poitiers

Une gueule sous la ville

Perchée sur son promontoire, Poitiers n'a pas toujours été un havre de paix. Les eaux calmes du Clain cachaient jadis une horreur sans nom : la Grand'goule. Un corps de serpent aux écailles épaisses comme une armure, des ailes de chauve-souris, et un cou démesurément long, capable de se faufiler dans les ruelles étroites pour y happer ses proies.

Le bétail ne lui suffisait pas. La Grand'goule préférait la chair humaine, et plus encore, disait-on, les âmes impures : moines aux pensées vagabondes, jeunes filles trop coquettes, marchands trop avares. Nul n'échappait à son jugement vorace. Elle se terrait au fond de la rivière, dans les grottes que les courants avaient creusées sous la ville elle-même.

Les chevaliers impuissants

Des années durant, les Poitevins vécurent dans la terreur. Les plus grands chevaliers du duché d'Aquitaine vinrent tenter leur chance ; leurs lances se brisaient sur les écailles du monstre, leurs épées s'émoussaient sans lui laisser la moindre égratignure. La bête semblait invincible.

La reine au bord du Clain

Le salut ne vint pas d'un guerrier mais d'une femme de foi. Radegonde, ancienne reine des Francs, fondatrice de l'abbaye Sainte-Croix, ne supportait plus de voir son peuple terrorisé. Un matin, sans armure ni épée, accompagnée de quelques fidèles, elle se rendit sur les berges du Clain, à l'endroit précis où le monstre sortait de son repaire.

La Grand'goule émergea dans un bouillonnement furieux et approcha sa gueule béante de la sainte. Radegonde ne recula pas : d'un geste calme, elle traça le signe de la croix. La bête s'immobilisa, son rugissement se mua en gémissement. Une lumière entoura la reine ; aveuglée, la créature recula, et Radegonde l'aspergea d'eau bénite. Hurlant comme brûlée vive, la Grand'goule se tordit et tomba dans un gouffre qui s'ouvrit sous ses pattes. La terre se referma sur elle.

Poitiers était libérée. Mais les anciens jurent que, les nuits de grand orage, quand le Clain est en crue, on entend encore monter des profondeurs les plaintes étouffées du monstre.

La Grand'goule de Poitiers en dix lignes

Fiche d'identité de l'épisode « La Grand'goule de Poitiers ».
NomLa Grand'goule
TypeDragon à corps de serpent, ailes de chauve-souris et long cou
RégionPoitou (Poitiers)
LieuLe Clain et les grottes creusées sous Poitiers
Époque du récitVIe siècle, du vivant de sainte Radegonde
AdversaireSainte Radegonde, reine des Francs et fondatrice de l'abbaye Sainte-Croix
ArmeLe signe de croix et l'eau bénite
IssueEngloutie par un gouffre qui se referme sur elle
PostéritéEffigie de bois polychrome sculptée en 1677 par Jean Gargot, conservée au musée Sainte-Croix

D'où vient la légende ?

La Grand'goule appartient à la famille des dragons vaincus par une figure de l'Église, comme la Tarasque de Tarascon ou la Gargouille de Rouen. Ici, la légende glorifie sainte Radegonde, patronne de Poitiers, et l'abbaye qu'elle a fondée. Son nom dit l'essentiel : *goule*, en ancien français, c'est la gueule. La Grand'goule est une grande gueule, une bouche qui dévore.

Les versions divergent sur le combat. Le musée Sainte-Croix rapporte une sainte qui aurait tué le monstre par la prière, et une autre tradition où un condamné volontaire aurait péri en tentant de l'abattre. Le récit retenu par l'épisode, celui du gouffre qui engloutit la bête, fait de la Grand'goule une prisonnière de la terre plutôt qu'une morte, ce qui explique ses plaintes les soirs de crue.

Sur les traces de la Grand'goule de Poitiers : Poitiers, rives du Clain

Où voir — L'effigie de bois polychrome de la Grand'goule, à la mâchoire articulée, sculptée en 1677 par le maître-sculpteur poitevin Jean Gargot et conservée au musée Sainte-Croix de Poitiers.

À visiter — L'abbaye Sainte-Croix et l'église Sainte-Radegonde de Poitiers, où repose la sainte, ainsi que les berges du Clain au pied de la ville.

Lieux liés — Le Clain, rivière de Poitiers · Abbaye Sainte-Croix de Poitiers · Musée Sainte-Croix, Poitiers, où est conservée l'effigie de bois · Église Sainte-Radegonde de Poitiers

Emplacement de la légende : Poitiers, rives du Clain, Poitou, coordonnées 46.5802 N, 0.3404 E.

Poitiers, rives du Clain, Poitou — 46.5802 N, 0.3404 E.

Pour aller plus loin

Sainte Radegonde, reine des Francs

Radegonde est une princesse de Thuringe, devenue reine des Francs par son mariage avec Clotaire Ier, fils de Clovis. Elle se détourne peu à peu de la cour pour une vie de piété, puis fonde à Poitiers, vers le milieu du VIe siècle, l'un des premiers monastères de femmes de Gaule. Elle refuse d'en être abbesse et confie la charge à Agnès.

Le monastère prend le nom de Sainte-Croix après avoir reçu un fragment de la Vraie Croix, envoyé de Constantinople. Pour accueillir cette relique, le poète Venance Fortunat, proche de Radegonde et futur évêque de Poitiers, compose l'hymne *Vexilla regis*. Fortunat écrit aussi la *Vie de sainte Radegonde*, principale source sur la reine. Radegonde meurt à Poitiers le 13 août 587 ; elle est fêtée ce jour-là et demeure la patronne de la ville.

La Grand'goule dans l'imaginaire poitevin

La Grand'goule figurait en bonne place à la procession des Rogations, les trois jours qui précèdent l'Ascension. Selon la fiche du musée Sainte-Croix, on jetait à son passage des gâteaux, oublies ou casse-museaux, que ramassaient les enfants : le casse-museau, pâtisserie poitevine, est resté attaché au souvenir du dragon.

L'effigie commandée en 1677 à Jean Gargot est la seule figure de bois de la créature parvenue jusqu'à nous. Classée monument historique en 1908, propriété de l'État, elle a été examinée au scanner au CHU de Poitiers en mai 2022, révélant du métal dans sa structure et des fissures dans le bois, en vue de sa restauration.

Sources

L'épisode « La Grand'goule de Poitiers » a été écrit à partir des sources suivantes.

  1. Ville de Poitiers, musée Sainte-Croix — Fiche Grand'Goule. Document de médiation du musée, consulté le 26 octobre 2026 (commande de 1677 à Jean Gargot, procession des Rogations, casse-museaux)
  2. Ministère de la Culture, DRAC Nouvelle-Aquitaine — La Grand Goule de Poitiers passe au scanner et livre ses secrets. Actualité consultée le 26 octobre 2026 (classement de 1908, scanner de mai 2022)
  3. Encyclopædia Universalis — Radegonde, sainte (520 env.-587). Notice consultée le 26 octobre 2026 (mort le 13 août 587, Venance Fortunat, Vexilla regis)

Texte et narration : Louis Brach · Épisode publié le · Page mise à jour le

Questions fréquentes sur La Grand'goule de Poitiers

Qu'est-ce que la Grand'goule de Poitiers ?

La Grand'goule est un dragon légendaire de Poitiers, à corps de serpent et ailes de chauve-souris, qui se terrait dans les grottes creusées par le Clain sous la ville. Selon la tradition, il dévorait de préférence les âmes impures, avant d'être vaincu par sainte Radegonde.

Comment sainte Radegonde a-t-elle vaincu la Grand'goule ?

Sainte Radegonde a affronté la Grand'goule sur les berges du Clain, sans arme ni armure. D'un signe de croix, elle immobilisa la bête, puis l'aspergea d'eau bénite ; le dragon tomba dans un gouffre ouvert sous ses pattes, et la terre se referma sur lui.

D'où vient le nom Grand'goule ?

Le nom Grand'goule vient de goule, qui signifie « gueule » en ancien français : la Grand'goule est littéralement une grande gueule. Le même mot se retrouve dans « gargouille », autre dragon français, celui de Rouen, vaincu par saint Romain.

Où voir l'effigie de la Grand'goule aujourd'hui ?

L'effigie de la Grand'goule est conservée au musée Sainte-Croix de Poitiers. Sculptée en 1677 par le maître-sculpteur poitevin Jean Gargot, en bois polychrome à mâchoire articulée, elle est classée monument historique depuis 1908 et a été examinée au scanner en 2022.

Quel lien entre la Grand'goule et les casse-museaux ?

Lors de la procession des Rogations, à Poitiers, on jetait au passage de l'effigie de la Grand'goule des gâteaux, oublies ou casse-museaux, que ramassaient les enfants. Le casse-museau, pâtisserie poitevine, reste ainsi lié au souvenir du dragon vaincu par sainte Radegonde.

Qui était sainte Radegonde ?

Sainte Radegonde est une princesse de Thuringe devenue reine des Francs par son mariage avec Clotaire Ier. Elle quitta la cour pour fonder à Poitiers l'abbaye Sainte-Croix et mourut le 13 août 587. Fêtée chaque 13 août, elle est la patronne de Poitiers et l'héroïne de la légende de la Grand'goule.

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