Dragons de France
La Gargouille de la Seine — le dragon de Rouen et le privilège de saint Romain
Un dragon d'eau noie les récoltes au bord de la Seine. Saint Romain le soumet avec l'aide d'un condamné à mort — et Rouen y gagne un droit de grâce exercé jusqu'à la Révolution.

En bref
La Gargouille est un dragon d'eau légendaire de la Seine, à Rouen. Selon la tradition, la bête crachait des torrents sur les récoltes riveraines et provoquait des inondations, jusqu'à ce que saint Romain, évêque de Rouen sous le roi Dagobert, la soumette d'un signe de croix avec l'aide d'un condamné à mort. Brûlée devant la cathédrale, elle ne laissa que sa tête et son cou, changés en pierre. Le condamné gracié est à l'origine du privilège de saint Romain, exercé jusqu'en 1790.
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3 — La Gargouille de la Seine (Dragons de France)
« Hé oui, la gargouille est un dragon. »
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La légende de La Gargouille de la Seine
Un dragon d'eau dans la Seine
Sous le règne du bon roi Dagobert, la Seine abrite une créature que les Rouennais n'osent plus approcher : la Gargouille. Contrairement à ses cousins cracheurs de feu, ce dragon crache de l'eau, des torrents d'eau, qu'il déverse sur les récoltes des rives. Par jeu ou par faim, il détruit tout sur son passage, et partout où son corps monstrueux se glisse, le fleuve déborde.
L'évêque et l'assassin
Les habitants en appellent à leur évêque, saint Romain. L'homme a foi en Dieu, mais il veut un témoin, afin que nul ne doute du miracle à venir. Aucun Normand n'ose pourtant s'approcher des berges, sauf un prisonnier : un assassin déjà condamné à mort, qui n'a plus rien à perdre.
Les deux hommes remontent le fleuve. Le ciel est clair, et pourtant une pluie fine leur fouette le visage : c'est la queue de la Gargouille qui bat les eaux. Quand ils découvrent enfin la bête, corps de reptile, longue tête écailleuse, dents énormes, le condamné hésite. Romain, lui, avance à pas réguliers, droit vers la gueule, et fige le monstre d'un signe de croix. Sans la quitter des yeux, il invite l'assassin à passer son étole d'évêque autour du cou de la bête.
Le bûcher et la tête de pierre
La Gargouille se laisse faire. Elle est menée comme un chien en laisse jusqu'au parvis de la cathédrale de Rouen ; plusieurs Normands s'évanouissent à sa vue, mais la bête demeure soumise. Saint Romain fait dresser un grand bûcher et l'on y immole le monstre. Surprise : la tête et le cou refusent de brûler, et se changent en pierre.
On les place sur les remparts de la ville. Des habitants jurent que, la nuit, la tête reprend vie et veille sur Rouen. Ce pouvoir protecteur aurait inspiré les bâtisseurs de cathédrales, qui rivalisèrent ensuite d'imagination pour doter leurs édifices de leurs propres gargouilles.
La grâce du condamné
Quant à l'assassin, saint Romain obtient qu'il soit gracié. Ce geste crée un précédent : chaque année, pendant les Rogations, les chanoines de la cathédrale choisissent un condamné à mort à libérer. Le jour de l'Ascension, le gracié marche en tête du cortège et porte le reliquaire de saint Romain, la Fierte, à qui il doit la vie. Dans la procession défile aussi un dragon, souvenir de la bête vaincue.
La Gargouille de la Seine en dix lignes
| Nom | La Gargouille |
|---|---|
| Type | Dragon d'eau à corps de reptile, crachant des torrents |
| Région | Normandie (Seine-Maritime) |
| Lieu | La Seine, à Rouen |
| Époque du récit | VIIe siècle, sous le roi Dagobert |
| Adversaire | Saint Romain, évêque de Rouen, aidé d'un condamné à mort |
| Arme | Le signe de croix et l'étole épiscopale |
| Issue | Brûlée devant la cathédrale ; tête et cou changés en pierre |
| Postérité | Privilège de saint Romain (grâce annuelle d'un condamné), exercé pour la dernière fois en 1790 |
D'où vient la légende ?
La Gargouille suit le schéma des dragons vaincus par un évêque, que l'on retrouve à Metz avec le Graoully et saint Clément : l'étole remplace l'épée, et la victoire sur la bête vaut affermissement de l'Église locale. Sa singularité tient à l'eau. Le monstre ne brûle pas, il noie — et l'on y a souvent lu le souvenir des crues de la Seine.
Le privilège qui en découle, lui, est historique. Sa concession est attribuée par la tradition à Dagobert ou à son fils Clovis II, mais les historiens en situent la mise en pratique vers le XIIe siècle : une enquête royale de 1210 montre qu'il existait déjà sous Henri II Plantagenêt. Le chapitre de la cathédrale l'exerça pour la dernière fois en 1790. C'est ce rite judiciaire, renouvelé d'année en année, qui a fixé et transmis la légende.
Sur les traces de la Gargouille de la Seine : Rouen
Où voir — La cathédrale Notre-Dame de Rouen, sur le parvis de laquelle la légende fait brûler la Gargouille, et le monument de la Fierte Saint-Romain, édicule Renaissance élevé en 1542.
À visiter — L'église Saint-Romain de Rouen, dédiée à l'évêque vainqueur du dragon, et la rue Saint-Romain, qui porte son nom.
Lieux liés — La Seine, à Rouen · Cathédrale Notre-Dame de Rouen · Église Saint-Romain de Rouen · Monument de la Fierte Saint-Romain (1542)
Sur la carte
Rouen, Normandie — lieu identifié.
Emplacement de la légende : Rouen, Normandie, coordonnées 49.4432 N, 1.0999 E.
Pour aller plus loin
Saint Romain, évêque de Rouen
Romain de Rouen est un évêque du VIIe siècle, contemporain du roi Dagobert Ier. Les listes épiscopales le placent sur le siège de Rouen dans les années 630 ; il meurt vers 639-640, et c'est saint Ouen qui lui succède. Sa biographie tient davantage de la tradition que du document : l'essentiel de ce que l'on raconte de lui se rattache à la Gargouille.
Son culte reste vivant à Rouen. Il est fêté le 23 octobre ; une église et une rue de la ville portent son nom, et la foire Saint-Romain perpétue sa mémoire à Rouen. Ses reliques étaient conservées dans la châsse appelée Fierte, que le condamné gracié portait en procession le jour de l'Ascension.
La Gargouille dans l'imaginaire collectif
Le mot « gargouille » désigne en architecture la gouttière en saillie qui rejette l'eau de pluie loin des murs. Les étymologistes le rattachent à la racine onomatopéique *garg-*, celle de la gorge, et à l'ancien français *goule*, « gueule » : une bouche qui crache l'eau. La légende rouennaise en propose une origine plus romanesque, et il n'est pas indifférent que le dragon de Rouen soit précisément un dragon d'eau.
La procession a aussi inspiré les peintres : *La Procession de la Gargouille*, toile de Clément Boulanger, est conservée au musée des Augustins de Toulouse. Saint Romain figure enfin parmi les saints dits « sauroctones », ces vainqueurs de dragons dont la France compte de nombreux exemples.
Sources
L'épisode « La Gargouille de la Seine » a été écrit à partir des sources suivantes.
- Métropole Rouen Normandie. Document patrimonial publié sur metropole-rouen-normandie.fr ; consulté le 26 octobre 2026
Texte et narration : Louis Brach · Épisode publié le · Page mise à jour le
Questions fréquentes sur La Gargouille de la Seine
Qu'est-ce que la Gargouille de Rouen ?
La Gargouille est un dragon d'eau légendaire de la Seine, à Rouen. Selon la tradition, elle crachait des torrents sur les récoltes et provoquait des inondations, avant d'être soumise au VIIe siècle par saint Romain, évêque de Rouen sous le roi Dagobert.
Qui a vaincu la Gargouille ?
Saint Romain, évêque de Rouen, a vaincu la Gargouille d'un signe de croix. Un assassin condamné à mort, seul volontaire pour l'accompagner, passa l'étole de l'évêque au cou de la bête, qui fut ensuite menée jusqu'au parvis de la cathédrale et brûlée.
Pourquoi la tête de la Gargouille a-t-elle été placée sur les remparts ?
Selon la légende, la tête et le cou de la Gargouille refusèrent de brûler sur le bûcher et se changèrent en pierre. Placés sur les remparts de Rouen, ils passaient pour protéger la ville la nuit, ce qui aurait inspiré les gargouilles des cathédrales.
Le mot « gargouille » vient-il de cette légende ?
Les étymologistes rattachent le mot « gargouille » à la racine garg-, celle de la gorge, et à l'ancien français goule, « gueule ». La légende de Rouen offre une explication plus romanesque de ces gouttières sculptées qui crachent l'eau de pluie.
Qu'est-ce que le privilège de saint Romain ?
Le privilège de saint Romain permettait au chapitre de la cathédrale de Rouen de gracier chaque année un condamné à mort, qui portait la châsse du saint, la Fierte, le jour de l'Ascension. Attesté dès 1210, il fut exercé pour la dernière fois en 1790.
La légende de la Gargouille a-t-elle un fondement historique ?
Saint Romain est un évêque de Rouen du VIIe siècle, et le privilège de grâce lié à la Gargouille est historiquement documenté du XIIe siècle à 1790. Le dragon relève de la légende, comme les autres monstres vaincus par des évêques en France.
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