Contes armoricains
La cité naufragée d'Ys — la légende de la ville engloutie de la baie de Douarnenez
Une ville bâtie sous le niveau de la mer, une clé au cou d'un roi, une fille voleuse et volage, et le Diable.

En bref
La ville d'Ys est une cité légendaire de Bretagne, située dans la baie de Douarnenez. Selon la tradition, le roi Gradlon de Cornouaille la fit bâtir pour sa fille Dahut sous le niveau de la mer, protégée par une digue et une porte de bronze dont il gardait seul la clé. Dahut déroba la clé, l'offrit au Diable, qui en ouvrit la porte ; Ys fut complètement engloutie. Gradlon, sauvé par saint Guénolé, se réfugia à Quimper, sa nouvelle capitale.
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1 — La cité naufragée d'Ys (Contes armoricains)
« Pour sa fille, le roi Gradlon fit bâtir une merveille. »
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La légende de La cité naufragée d'Ys
Une ville pour une fille née en mer
Gradlon régnait sur la Cornouaille. La version la plus répandue lui donne pour épouse Malgven, reine du Nord, morte en mer en donnant naissance à leur fille, Dahut. L'enfant grandit avec la mer pour seule origine et la réclama comme royaume : elle demanda à son père de lui bâtir une cité marine. Gradlon céda. On construisit Ys au fond de la baie de Douarnenez, plus bas que le niveau de la mer.
La clé
Une seule porte de bronze permettait d'entrer et de sortir. Gradlon en portait la clé au cou, et lui seul décidait de l'ouvrir. Ys devint la plus belle et la plus prospère des villes bretonnes — et, sous l'influence de Dahut, une ville de fête, de démesure et de plaisir. Selon les versions, Dahut voulait une ville sans église, faisait tuer ses amants au matin, ou restait attachée au culte des anciens dieux. Saint Guénolé, conseiller de son père, prêchait dans le vide.
Le chevalier rouge
Un soir vint à Ys un homme vêtu de rouge, élégant et froid, que la tradition identifie parfois au Diable. Dahut l'accueillit. Cette nuit-là, Dahut tomba sous son charme et déroba la clé au cou de son père endormi pour faire plaisir à son amant. Lui ou Dahut ouvrirent la porte de bronze.
La vague
La mer entra d'un coup. Gradlon s'enfuit sur le cheval Morvarc'h, Dahut en croupe. Une forme pâle apparut — saint Guénolé, qui ordonna au roi de rejeter le démon à ses côtés (sa fille). Le cheval galopait sur les flots, et l'eau montait et Dahut chuta, ou son père la repoussa à la mer. Le cheval retrouva sa course et Gradlon se réfugia à Quimper.
Ce que la mer a gardé
Par temps calme, on prétend entendre dans la baie les cloches d'Ys. Dahut devint une sirène maléfique, gardant les ruines de sa cité engloutie.
La cité naufragée d'Ys en dix lignes
| Nom | La ville d'Ys |
|---|---|
| Variantes | Is, Ker-Is |
| Type | Légende de cité engloutie. Proche de l'Atlantide. |
| Région | Bretagne — Cornouaille (Finistère) |
| Lieu | Baie de Douarnenez |
| Roi | Gradlon, roi de Cornouaille |
| Princesse | Dahut, aussi nommée Ahès ou Dahud |
| Saint | Saint Guénolé, abbé de Landévennec. |
| Cheval | Morvarc'h, « cheval de mer », capable de galoper sur les flots |
| Cause de la chute | Le vol de la clé de la porte de bronze par Dahut et corruption des moeurs. |
| Devenir de Dahut | Transformée en sirène, la Marie-Morgane |
| Toponymie | Le lieu-dit Pouldavid, à l'est de Douarnenez, est la forme francisée de « Poul Dahut », le trou de Dahut |
| Avertissement de source | Malgven, la « reine du Nord », et le cheval Morvarc'h sont considérés par Françoise Le Roux et Christian-J. Guyonvarc'h comme des inventions littéraires de Charles Guyot (1926). Voir plus bas. |
D'où vient la légende ?
Il y a une chose que presque aucune page sur Ys ne dit, et qui devrait pourtant figurer au premier rang : la version que tout le monde connaît n'est pas la version traditionnelle.
Malgven, la « reine du Nord », et le cheval Morvarc'h sont des inventions littéraires de Charles Guyot, qui publie sa version de la légende en 1926. C'est pourtant cette version, relayée notamment par Jean Markale, qui s'est imposée depuis le milieu du XXᵉ siècle comme la « version canonique ». Autrement dit : la légende d'Ys que nous racontons est en grande partie un texte du XXᵉ siècle porté par un imaginaire du XIXᵉ.
Ce qui est ancien, en revanche, c'est l'ossature à trois personnages : le saint qui incarne le Bien (Guénolé), Dahut qui incarne le mal, et Gradlon placé face à un choix impossible. Dans les versions hagiographiques, le personnage principal n'est ni le roi ni la princesse : c'est le saint. Le récit sert à éliminer la source du mal (les rites païens) dans la cité.
Le fond est probablement plus vieux que le christianisme. Dahut est lue comme l'allégorie d'une déesse celte arrivée au bout de son cycle, effacée par une ère nouvelle. Le motif de la cité engloutie pour ses fautes est universel — l'écho de l'Atlantide est immédiat — mais sa version bretonne a ceci de particulier qu'elle noie la ville et sauve le roi, à la condition qu'il sacrifie son enfant.
Sur les traces de la cité naufragée d'Ys : Baie de Douarnenez
Où voir — La statue équestre du roi Gradlon, entre les deux flèches de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper. Le lieu-dit Pouldavid, à quelques kilomètres à l'est de Douarnenez, dont le nom conserve celui de la princesse.
À visiter — Douarnenez et sa baie ; Quimper ; l'abbaye de Landévennec, où saint Guénolé fut abbé et où la tradition situe le tombeau de Gradlon ; l'île de Sein ; la pointe du Raz.
Lieux liés — Cathédrale Saint-Corentin, Quimper · Abbaye de Landévennec · Île de Sein - Muraille engloutie · Pointe du Raz

Sources
L'épisode « La cité naufragée d'Ys » a été écrit à partir des sources suivantes.
- Charles Guyot — La Légende de la ville d'Ys, 1926. Version littéraire ayant introduit Malgven et Morvarc'h, devenue la version de référence.
- Françoise Le Roux et Christian-J. Guyonvarc'h — Analyse critique de la légende d'Ys., 2000. Établissent le caractère inventé de Malgven et Morvarc'h.
- Joëlle Édon-Le Goff — Les chevaux de la mer, 2005. Evoque le bestiaire légendaire breton et le cheval Morvarc'h.
- Albert Le Grand — La Vie des saints de la Bretagne Armorique, 1636. Récit hagiographique sur la vie de Saint Guénolé.
- Claude Seignolle — Contes, récits et légendes des pays de France, Presses de la Renaissance, 2003. Version de la légende impliquant le Diable. Version utilisée dans le podcast.
Texte et narration : Louis Brach · Épisode publié le · Page mise à jour le
Questions fréquentes sur La cité naufragée d'Ys
Qu'est-ce que la ville d'Ys ?
La ville d'Ys est une cité légendaire bretonne, située dans la baie de Douarnenez. Bâtie sous le niveau de la mer et protégée par une digue percée d'une seule porte de bronze, elle fut engloutie lorsque la princesse Dahut ouvrit cette porte.
Qui était le roi Gradlon ?
Gradlon est le roi légendaire de Cornouaille, père de Dahut et fondateur d'Ys. Réfugié à Quimper après l'engloutissement, il y établit sa nouvelle capitale.
Pourquoi la ville d'Ys a-t-elle été engloutie ?
Selon la légende, Dahut déroba au cou de son père la clé de la porte de bronze et l'offrit au Diable, qui l'utilisa pour laisser entrer la mer. Le récit fait de cet acte le châtiment de la démesure et de l'impiété qui régnaient dans la cité.
Où se trouvait la ville d'Ys ?
La tradition situe Ys au fond de la baie de Douarnenez, dans le Finistère. Le lieu-dit Pouldavid, à l'est de Douarnenez, est la forme francisée de « Poul Dahut », le trou de Dahut, où la princesse aurait été engloutie.
Malgven et Morvarc'h font-ils partie de la légende d'origine ?
Non. Selon Françoise Le Roux et Christian-J. Guyonvarc'h, Malgven, « reine du Nord », et le cheval Morvarc'h sont des inventions littéraires de Charles Guyot en 1926. Cette version est pourtant devenue la référence depuis le milieu du XXᵉ siècle.
Quel saint intervient dans la légende d'Ys ?
Saint Guénolé, abbé de Landévennec, dans la plupart des versions.
Peut-on entendre les cloches d'Ys ?
La tradition veut qu'on entende les cloches de la cité engloutie dans la baie de Douarnenez par temps calme, notamment les soirs d'été lorsque le vent souffle d'ouest. Des marins rapportent aussi avoir entendu le chant de la sirène.
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