Contes armoricainsBretagne · Quimper · 3 min 58

Saint Corentin et le poisson miraculeux — la légende du premier évêque de Quimper

Un ermite au bord d'une source, un poisson qui lui donne chaque jour sa chair, et un roi égaré nourri tout entier d'un seul morceau.

Illustration de l'épisode Saint Corentin & le poisson miraculeux, série Contes armoricains

En bref

Saint Corentin est le premier évêque légendaire de Cornouaille et le patron de Quimper. Sa légende raconte qu'ermite au bord de la forêt du Névet, sur le territoire de Plomodiern, il vivait auprès d'une source habitée par un unique poisson. Corentin en prélevait chaque jour un morceau, et la chair du poisson se régénérait aussitôt. Égaré à la chasse, le roi Gradlon fut nourri avec toute sa suite par ce seul poisson, puis donna son palais de Quimper à Corentin, qui en devint le premier évêque. Il est l'un des sept saints fondateurs de la Bretagne.

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7 — Saint Corentin & le poisson miraculeux (Contes armoricains)

Contes armoricains · Saison 6, épisode 7 · 3 min 58

« La Bretagne n'est pas seulement une terre de terreur et de brume. »

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La légende de Saint Corentin & le poisson miraculeux

L'ermite du Névet

Corentin s'était retiré jeune dans un ermitage, au bord de la forêt du Névet, sur le territoire de Plomodiern, au flanc du Ménez-Hom. Il y vivait dans la pénitence, ce qui, traduit en langage concret, signifie qu'il n'avait rien à manger.

Le poisson

Près de sa cellule jaillissait une source, et dans cette source vivait un unique poisson. Chaque matin, le poisson venait à lui ; Corentin prélevait sur sa chair un morceau, son seul repas de la journée. Sous ses yeux, la blessure se refermait, les écailles repoussaient, et le poisson repartait dans l'eau, aussi entier et vif qu'auparavant. D'autres versions disent que la chair se reconstituait pendant la nuit.

C'est le miracle le plus étrange de l'hagiographie bretonne, parce qu'il ne ressemble à aucun autre. Les autres saints de la série domptent : Paul Aurélien lie un dragon, Tugdual en précipite un autre à la mer, Brieuc arrête une meute de loups. Corentin, lui, ne dompte rien. Il reçoit. La survie du saint dépend entièrement de l'offrande qu'une créature minuscule fait de son propre corps, gratuitement, au nom de l'amitié.

La rencontre avec Gradlon

Un jour, des cors de chasse et des aboiements déchirent le silence de la forêt. Le roi Gradlon — celui-là même que la légende associe à la ville d'Ys — s'est égaré avec toute sa suite. Affamés, le roi et ses guerriers tombent sur l'ermitage et demandent de quoi se nourrir. Corentin n'a qu'un morceau de poisson à offrir. L'intendant du roi se moque de cette maigre réserve, mais l'ermite, serein, lui dit simplement de le mettre à cuire.

Dans la marmite, le poisson se multiplie. On sert le roi, puis ses hommes, encore et encore, et tous mangent à leur faim. Le festin achevé, Gradlon suit Corentin jusqu'à la source : le poisson y nage, entier et vivant. Bouleversé, le roi s'agenouille devant l'ermite et lui offre son propre palais, au confluent des rivières, à Kemper — la future Quimper. Corentin quitte son ermitage et devient le premier évêque de la ville.

Cette version est celle que rapporte déjà l'historien breton Pierre Le Baud : le roi, surpris par la chasse, loge à Plomodiern chez l'ermite, qui le restaure, lui et toute sa compagnie, d'une portion du poisson de sa fontaine ; en remerciement, Gradlon lui donne son palais, où s'installe l'évêché de Cornouaille.

Le poisson comme signature

Dans les églises bretonnes, on reconnaît Corentin à son poisson comme on reconnaît Paul Aurélien à son dragon ou Hervé à son loup. Il est le seul dont l'attribut soit celui qui l'a nourri, et non celui qu'il a vaincu.

Saint Corentin & le poisson miraculeux en dix lignes

Fiche d'identité de l'épisode « Saint Corentin & le poisson miraculeux ».
NomSaint Corentin
Nom bretonSant Kaourintin
TypeVie de saint, miracle de subsistance
RégionBretagne — Cornouaille (Finistère)
LieuxErmitage au bord de la forêt du Névet, Plomodiern, sur les flancs du Ménez-Hom. Siège épiscopal à Quimper.
FonctionPremier évêque légendaire de Cornouaille ; le roi Gradlon lui donne son palais de Quimper
MiracleUn poisson dont il prélevait chaque jour un morceau et dont la chair se régénérait ; le même poisson, multiplié dans la marmite, nourrit le roi Gradlon et sa suite
Attribut iconographiqueLe poisson
Source hagiographiqueVita de saint Corentin, rédigée par Dom Plaine vers 1220-1235 ; complétée après la découverte de l'Ancienne Vie de saint Corentin. La Chanson d'Aiquin évoque également sa vie.
Liens avec YsDans certaines versions de la légende d'Ys, Corentin est le saint qui avertit Gradlon du péché de sa fille Dahut — rôle tenu ailleurs par saint Guénolé
StatutL'un des sept saints fondateurs de la Bretagne, étape du Tro Breizh à Quimper
Culte hors BretagneAbbaye Saint-Corentin près de Mantes ; église St Corentine à Cury, en Cornouailles britanniques

D'où vient la légende ?

Le miracle inversé. Il faut mesurer à quel point le poisson de Corentin est atypique. L'hagiographie bretonne fonctionne massivement par domination du sauvage : le saint arrive, une bête terrorise le pays, le saint la soumet. Le dragon de l'île de Batz, le serpent de Tréguier, les loups de saint Brieuc, le Graoully de Metz obéissent tous au même schéma — la nature hostile plie devant l'autorité spirituelle.

Corentin fait exception. Sa légende ne raconte pas une soumission mais un don. Le poisson n'est pas vaincu : il se donne, et se régénère. Le miracle porte sur la générosité inépuisable, non sur la puissance. Il est difficile de ne pas y lire une allégorie eucharistique — une chair offerte quotidiennement et sans cesse renouvelée — mais l'image dépasse la théologie : elle dit quelque chose de très concret sur une région où la subsistance dépendait de la mer, et où l'inépuisable était le rêve premier.

La position dans le légendaire. Corentin est un point de jonction. Il appartient à la fois au cycle hagiographique des sept saints fondateurs et au cycle royal d'Ys, puisqu'il est nommé évêque par Gradlon et joue, dans certaines versions, le rôle du saint qui dénonce Dahut. Sa présence permet de faire tenir ensemble deux corpus qui n'ont pas la même nature : les vies de saints, écrites, cléricales, datables ; et la légende d'Ys, orale, royale, reconstruite au XIXᵉ et XXᵉ siècle.

La source, tardive. La Vita de saint Corentin connue est rédigée par Dom Plaine vers 1220-1235, soit plusieurs siècles après les faits supposés. Elle fut révisée et commentée après la découverte d'un texte plus ancien, l'Ancienne Vie de saint Corentin. La Chanson d'Aiquin l'évoque également. Comme pour les autres saints bretons, il faut donc distinguer nettement le personnage — dont l'historicité est faible, contrairement à saint Samson — et le culte, lui massivement attesté.

Sur les traces de Saint Corentin & le poisson miraculeux : Quimper

Où voir — La cathédrale Saint-Corentin de Quimper, siège du diocèse de Quimper et Léon depuis le Concordat de 1801, qui conserve les reliques du saint. Six siècles de chantier, du XIIIᵉ siècle au Second Empire, pour une apparente unité architecturale. Statue de Corentin reconnaissable à son poisson.

À visiter — Quimper ; Plomodiern et le Ménez-Hom, lieu de l'ermitage ; la forêt du Névet ; la statue équestre du roi Gradlon entre les flèches de la cathédrale, qui relie cette page à celle de la ville d'Ys.

Lieux liés — Cathédrale Saint-Corentin, Quimper · Ermitage au bord de la forêt du Névet, Plomodiern · Ménez-Hom

Emplacement de la légende : Quimper, Bretagne, coordonnées 47.996 N, -4.0969 E.

Quimper, Bretagne — 47.996 N, -4.0969 E.

Sources

L'épisode « Saint Corentin & le poisson miraculeux » a été écrit à partir des sources suivantes.

  1. Dom Plaine — Vita de saint Corentin, vers 1220-1235. Révisée et commentée après la découverte de l'Ancienne Vie de saint Corentin.
  2. Anonyme — Chanson d'Aiquin. Évoque la vie du saint.
  3. Bernard Merdrignac — Les saints bretons entre légendes et histoire, Presses universitaires de Rennes, 2008. 232 p. Référence critique pour l'ensemble des saints bretons de cette série.
  4. Diocèse de Rennes — Saints bretons et animaux. Source de la variante de la chair reconstituée pendant la nuit.
  5. Pierre Le Baud — Histoire de Bretagne, 1638. Édition posthume. Version de la rencontre entre Gradlon, égaré à la chasse, et l'ermite Corentin, et du don du palais royal.

Texte et narration : Louis Brach · Épisode publié le · Page mise à jour le

Questions fréquentes sur Saint Corentin & le poisson miraculeux

Qui était saint Corentin ?

Saint Corentin est le premier évêque légendaire de Cornouaille et le patron de Quimper. Ermite au bord de la forêt du Névet, sur les flancs du Ménez-Hom, il reçut du roi Gradlon son palais de Quimper et compte parmi les sept saints fondateurs de la Bretagne.

Quel est le miracle du poisson de saint Corentin ?

Un unique poisson vivait dans la source près de l'ermitage de saint Corentin. Le saint en prélevait chaque jour un morceau, et la chair se régénérait aussitôt. Quand le roi Gradlon, égaré à la chasse, demanda l'hospitalité, ce poisson multiplié nourrit le roi et toute sa suite.

Pourquoi saint Corentin est-il représenté avec un poisson ?

Le poisson est son attribut iconographique, en référence au miracle qui le nourrit. Dans les églises bretonnes, on identifie ainsi les saints par leur animal : Corentin à son poisson, Paul Aurélien à son dragon, Hervé à son loup.

Quel est le lien entre saint Corentin et la ville d'Ys ?

Corentin fut nommé évêque de Quimper par le roi Gradlon, père de Dahut. Dans certaines versions de la légende d'Ys, c'est lui — et non saint Guénolé — qui avertit le roi du péché de sa fille et assiste à la chute de la cité.

Où voir les reliques de saint Corentin ?

À la cathédrale Saint-Corentin de Quimper, siège du diocèse de Quimper et Léon depuis le Concordat de 1801. L'édifice, commencé au XIIIᵉ siècle et achevé sous le Second Empire, est l'élément majeur du patrimoine quimpérois.

Saint Corentin a-t-il réellement existé ?

Son historicité est incertaine. La Vita de saint Corentin connue fut rédigée par Dom Plaine vers 1220-1235, plusieurs siècles après les faits supposés. Contrairement à saint Samson de Dol, Corentin n'est pas attesté par des documents contemporains.

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