Contes armoricainsBretagne · Les Plomarc'h, Douarnenez · 5 min 21

Le roi Marc'h aux oreilles de cheval — la légende bretonne du secret trahi par un roseau

Une biche blanche, une flèche qui fait demi-tour, et un barbier qui n'a rien dit à personne — sauf à la terre.

Illustration de l'épisode Le roi aux oreilles de cheval, série Contes armoricains

En bref

Le roi Marc'h est un souverain légendaire d'Armorique dont le nom signifie « cheval » en breton, et qui portait des oreilles de cheval. Dans la version orale la plus longue, collectée par Yann ar Floc'h en 1905, Marc'h tue par erreur son propre cheval Morvarc'h en tirant sur une biche blanche : sa flèche fait demi-tour. La biche était Dahut, princesse d'Ys, qui le punit en faisant pousser sur sa tête les oreilles et la crinière de sa monture.

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4 — Le roi aux oreilles de cheval (Contes armoricains)

Contes armoricains · Saison 6, épisode 4 · 5 min 21

« Les Grecs n'ont rien inventé avec la légende du roi Midas. »

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La légende de Le roi aux oreilles de cheval

Le roi et son cheval

Marc'h régnait à Poulmarc'h, près de Douarnenez — on dit aujourd'hui les Plomarc'h. Son nom signifie cheval, et il appartenait, dit le conte, à la tribu royale du Cheval. Il possédait une monture comme on n'en verra plus : ferrée d'argent, si légère que ses sabots ne laissaient pas de trace sur la lande, capable de galoper sur l'eau comme sur la terre ferme. On l'appelait Morvarc'h, le cheval de mer.

La biche blanche

Un jour de chasse, une biche blanche mène Marc'h jusqu'au bord de la falaise, près de l'endroit où Ys fut engloutie. Le roi arme son arc et tire. Par un sortilège, la flèche fait demi-tour et vient frapper Morvarc'h en plein poitrail. Le cheval hennit, désarçonne son cavalier, roule et tombe dans les flots.

Marc'h, fou de rage — il aurait préféré perdre son trône que son cheval — dégaine son poignard et entre dans la mer vers la biche. Au secours, à l'assassin ! crie une voix de femme. La biche a disparu. À sa place, sur le rocher, une jeune fille aux cheveux d'or couronnés d'algues, une grosse clé rouillée au cou.

C'est Dahut, la princesse d'Ys, qui hante encore les lieux de ses méfaits.

Le châtiment

Pour venger le cheval qu'elle a fait tuer — la logique du conte est retorse — Dahut fait pousser sur la tête du roi les oreilles et la crinière de Morvarc'h.

Marc'h cache la difformité sous un bonnet. Il fait appel à des barbiers pour raser cette crinière trop abondante, puis les tue pour qu'ils se taisent. Jusqu'au dernier, à qui il fait jurer le silence sous peine de mort.

Le roseau

Le barbier n'y tient plus. Il se penche vers une poignée de roseaux et leur confie ce qu'il ne peut dire à personne : le roi Marc'h a les oreilles du cheval Morvarc'h.

Plus tard, on arrache ces roseaux pour en faire des binious. Et quand on souffle dedans, l'instrument chante la phrase.

Le roi aux oreilles de cheval en dix lignes

Fiche d'identité de l'épisode « Le roi aux oreilles de cheval ».
NomLe roi Marc'h
VariantesMarc de Cornouaille ; le roi Guinvarc'h dans certaines versions
ÉtymologieMarc'h signifie « cheval » en breton
TypeRoi légendaire, conte de secret honteux
RégionBretagne — Cornouaille (Finistère)
LieuPoulmarc'h, aujourd'hui les Plomarc'h, près de Douarnenez
ChevalMorvarc'h, « cheval de mer », ferré d'argent, galopant sur les flots
AdversaireDahut, princesse d'Ys, sous la forme d'une biche blanche
DifformitéLes oreilles et la crinière du cheval Morvarc'h
TrahisonUn barbier confie le secret à des roseaux, dont on fait des binious qui chantent la phrase
ParallèleLe roi Midas grec. Le motif du secret trahi par un roseau est commun aux deux récits.
Source oraleYann ar Floc'h, 1905 — la plus longue version orale connue
Source littérairePrésent dans le Tristan de Béroul, la mythologie cornique et les traditions orales bretonnes
Interprétation récenteLes oreilles de cheval, longtemps lues comme une marque de honte, sont plus probablement une marque de royauté légitimant la fonction du souverain

D'où vient la légende ?

Deux Marc'h en un. Le personnage est un carrefour. Il est à la fois une figure de la mythologie celtique insulaire et bretonne — le roi aux oreilles de cheval — et le Marc de Cornouailles de la légende arthurienne, l'oncle de Tristan, présent dans le Tristan de Béroul. Les deux traditions se sont nourries l'une l'autre sans jamais fusionner complètement.

Le retournement d'interprétation. C'est le point le plus intéressant, et celui qui manque à presque toutes les vulgarisations. On a longtemps lu les oreilles de cheval comme une difformité honteuse. Les lectures plus récentes y voient l'inverse : une marque de royauté, un attribut qui légitime le souverain plutôt qu'il ne l'humilie. Marc'h appartient à la tribu du Cheval ; il en porte le signe. Ce n'est plus le conte d'un roi ridicule mais celui d'un roi dont le peuple ne supporte plus de connaître la nature.

La contamination avec Ys. Le conte de Yann ar Floc'h fait intervenir Dahut deux fois : pour punir Marc'h, puis pour assister à sa mort. C'est la preuve d'une contamination entre les deux grandes légendes de Cornouaille. Il faut toutefois manier ce point avec la même prudence que pour Ys : Morvarc'h est considéré par Françoise Le Roux et Christian-J. Guyonvarc'h comme une invention littéraire de Charles Guyot, réinterprétée à partir de sources plus anciennes.

Le motif du roseau. Il est indo-européen et se retrouve à l'identique chez Midas : le barbier ne peut pas se taire, il confie le secret à la terre ou aux roseaux, et la végétation devient l'instrument de la révélation. En Bretagne, le roseau devient biniou — l'instrument national. Le détail est délicieux : le secret du roi ne fuite pas par une rumeur, il fuite par la musique de son propre pays.

Les variantes de la fin. Selon les versions, Marc'h disparaît sans qu'on sache ce qu'il devient, se réfugie à l'île Chevalier près de Pont-l'Abbé, ou passe la Manche pour s'installer à Tintagel après avoir bu un philtre qui lui rend forme humaine — à condition de ne jamais revenir en Armorique.

Sur les traces du roi aux oreilles de cheval : Les Plomarc'h, Douarnenez

Où voir — Le site des Plomarc'h, à Douarnenez : « Plomarc'h » vient de « ploe Marc'h », la paroisse de Marc'h, et l'on y montre des fondations dites être celles du palais du roi.

À visiter — Douarnenez et sa baie ; le Cap Sizun ; le Ménez-Hom, où une version situe la rencontre ; le manoir de Pratanroux à Penhars, lié à l'épisode du barbier ; l'île Chevalier à Pont-l'Abbé.

Lieux liés — Cap Sizun · Ménez-Hom · Manoir de Pratanroux, Penhars · Île Chevalier, Pont-l'Abbé

Emplacement de la légende : Les Plomarc'h, Douarnenez, Bretagne, coordonnées 48.0925 N, -4.3225 E.

Les Plomarc'h, Douarnenez, Bretagne — 48.0925 N, -4.3225 E.

Sources

L'épisode « Le roi aux oreilles de cheval » a été écrit à partir des sources suivantes.

  1. Yann ar Floc'h — Version orale du conte du roi Marc'h, 1905. Plus longue tradition orale connue autour du personnage.
  2. Béroul — Tristan, XIIᵉ siècle. Présence de Marc de Cornouaille dans la matière de Bretagne.
  3. Charles Guyot — Version littéraire introduisant Morvarc'h, 1926
  4. Françoise Le Roux et Christian-J. Guyonvarc'h — Analyse critique du légendaire de Cornouaille
  5. Yann Brékilien — Version du conte. Ajoute que Morvarc'h est « ferré d'argent » et que ses pieds ne laissent pas de traces sur la lande.
  6. Claude Seignolle — Contes, récits et légendes des pays de France, Presses de la Renaissance

Texte et narration : Louis Brach · Épisode publié le · Page mise à jour le

Questions fréquentes sur Le roi aux oreilles de cheval

Qui est le roi Marc'h ?

Le roi Marc'h est un souverain légendaire d'Armorique dont le nom signifie « cheval » en breton et qui portait des oreilles de cheval. La tradition situe son palais à Poulmarc'h, aujourd'hui les Plomarc'h, près de Douarnenez.

Pourquoi le roi Marc'h a-t-il des oreilles de cheval ?

Dans la version collectée par Yann ar Floc'h en 1905, Marc'h tue par erreur son cheval Morvarc'h en tirant sur une biche blanche dont la flèche fait demi-tour. La biche était Dahut, princesse d'Ys, qui le punit en lui donnant les oreilles de sa monture.

Comment le secret du roi Marc'h a-t-il été révélé ?

Le roi tuait les barbiers qui découvraient sa difformité. Le dernier, incapable de se taire, confia le secret à des roseaux. On arracha plus tard ces roseaux pour en faire des binious, et l'instrument chanta la phrase.

Quel est le lien entre le roi Marc'h et le roi Midas ?

Les deux récits partagent le même motif : un souverain affligé d'oreilles animales, un barbier dépositaire du secret, et une révélation par la végétation. Le conte breton remplace le roseau chuchoté par un biniou qui chante.

Qu'est-ce que Morvarc'h ?

Morvarc'h, « cheval de mer » en breton, est la monture fantastique du roi Marc'h, décrite comme ferrée d'argent, galopant sur les flots et ne laissant pas de trace sur la lande. Il apparaît aussi dans la légende de la ville d'Ys.

Où se situait le palais du roi Marc'h ?

Aux Plomarc'h, à Douarnenez dans le Finistère. Le nom vient de « ploe Marc'h », la paroisse de Marc'h, et l'on y montre des fondations dites être celles de son palais. Le site conserve par ailleurs des vestiges d'ateliers de salaison romains.

Les oreilles de cheval sont-elles une marque de honte ?

Les interprétations les plus anciennes y voyaient une difformité honteuse. Les lectures récentes proposent l'inverse : une marque de royauté légitimant la fonction du souverain, Marc'h appartenant selon le conte à la tribu royale du Cheval.

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