Contes armoricains
La danse des korrigans — la légende du Petit Peuple breton et de sa ronde nocturne
Un cercle de danseurs entre les menhirs, une invitation qu'on ne refuse pas, et l'aube qui met longtemps à venir.

En bref
Les korrigans sont les créatures du Petit Peuple breton, hautes comme une main selon la tradition, gardiennes jalouses des trésors cachés. Elles vivent près des mégalithes, des fontaines sacrées et des carrefours, et sortent la nuit pour danser en cercle. Le motif de la ronde est central : qui s'approche d'un cercle de danseurs nocturnes risque d'y être entraîné, incapable de s'arrêter jusqu'à l'aube. Les alignements de Carnac sont leur site le plus célèbre.
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6 — La danse des Korrigans (Contes armoricains)
« Gare à ne jamais déranger le Petit Peuple ! »
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La légende de La danse des Korrigans
Ceux qui ont dressé les pierres
À Carnac, on n'explique pas les alignements par les hommes. On les explique par eux. Les korrigans — on dit aussi les kérions dans ce pays — étaient farceurs mais riches, et d'une force extraordinaire pour leur taille. Ils grouillaient dans les landes et les forêts, et c'est eux qui auraient remué toutes ces pierres, formant les rangées qu'on voit encore.
Une autre tradition, chrétienne celle-là, appelle les menhirs Soudarded Sant Kornely, les soldats de saint Cornély, et dit que les jours de tempête leurs âmes viennent encore rôder. Les deux explications coexistent sans se gêner.
La ronde
Le motif qui revient dans le plus grand nombre de récits est celui du cercle. Les nuits sans lune, les korrigans dansent entre les menhirs et les dolmens. Celui qui s'approche d'un cercle de danseurs nocturnes risque d'y être entraîné — et, une fois dedans, de ne plus pouvoir s'arrêter jusqu'à l'aube.
Ni bons ni mauvais
C'est là qu'il faut se méfier de l'image du gentil lutin. Le korrigan est d'une ambivalence radicale. Il peut se montrer d'une générosité remarquable avec un mortel humble et respectueux, et devenir un adversaire redoutable dès qu'on lui manque d'égards. Les récits ne le rangent ni parmi les bons esprits ni parmi les mauvais : il est les deux, et c'est ce qui le rend imprévisible.
Ses pouvoirs sont nombreux : force très supérieure à sa taille, métamorphose en chat, chien ou cheval, invisibilité à volonté, et des yeux rouges et lumineux capables d'ensorceler qui les regarde trop longtemps.
Le pacte
Les paysans savaient les règles. On laisse de la nourriture près d'un dolmen. On ne coupe pas un arbre marqué. On ne refuse pas, et on ne s'approche pas.
La danse des Korrigans en dix lignes
| Nom | Les korrigans |
|---|---|
| Variantes régionales | Korrig, koril, kouril, kérion, korrion, poulpiquet, teuz, kornandon, korlandon, kornigan, kourrikan (pays de Guérande), hozigan ou nozigan (pays vannetais), garlandon (Trégor), bugale an noz (« enfants de la nuit ») |
| Type | Petit Peuple, esprits de la lande et des mégalithes |
| Région | Bretagne — l'ensemble du territoire, avec des noms différents selon les pays |
| Taille | Hautes comme une main selon la tradition |
| Habitat | Alignements mégalithiques, fontaines sacrées, landes intérieures, forêts anciennes, carrefours |
| Pouvoirs | Force disproportionnée, métamorphose (chat, chien, cheval), invisibilité, regard rouge ensorcelant |
| Motif central | La ronde nocturne — qui s'en approche risque d'y être entraîné jusqu'à l'aube |
| Fonction | Gardiens jaloux des trésors cachés |
| Nature | Ambivalence radicale : ni bons ni mauvais esprits, mais les deux à la fois |
| Particularité | Selon une croyance rapportée, les korrigans ne peuvent jamais réciter tous les jours de la semaine |
| Période d'activité | Particulièrement actifs aux solstices et équinoxes, et autour de Samain (Toussaint) |
| Règles de prudence | Laisser de la nourriture près d'un dolmen ; ne pas couper un arbre marqué ; ne pas s'approcher d'un cercle |
D'où vient la légende ?
Une taxonomie, pas une créature. Le mot « korrigan » recouvre en réalité un peuple entier, réparti par milieux. Pierre Dubois et Paul Sébillot proposent une répartition instructive : les korikaned aux bois, les korils, courils, corrics, kriores et kéréores — et les kannerez-noz — aux landes, les poulpiquets aux vaux, les teuz aux prés, les boléguéans aux tumuli, les hoseguéannets aux cercles de pierres, les boudics et bouffon-noz aux fermes. Le folklore breton ne connaît pas un lutin : il connaît une géographie d'esprits, chaque type de terrain ayant les siens. À noter que les lavandières de la nuit figurent dans cette classification parmi les habitants des landes — elles appartiennent au même système.
Une image figée au XIXᵉ siècle. Les collecteurs du XIXᵉ, Paul Sébillot au premier rang, ont contribué à figer le korrigan dans une image standardisée de lutin farceur. C'est une simplification. La tradition orale le décrit bien plus ambigu et bien plus dangereux : un être avec qui l'on passe des pactes implicites, pas un personnage de conte pour enfants.
Le motif de la ronde. L'entraînement dans la danse jusqu'à l'aube est un motif européen répandu, mais il prend en Bretagne une résonance particulière parce que la danse collective y est une pratique sociale centrale — le fest-noz en est l'héritier. Le conte détourne une pratique de sociabilité en piège surnaturel : exactement le même mécanisme que les lavandières de la nuit, qui détournent l'entraide. Le folklore breton semble avoir une prédilection pour les pièges tendus par les vertus communes.
L'explication des mégalithes. Attribuer les alignements de Carnac aux korrigans est une légende étiologique : elle explique un paysage incompréhensible. Le christianisme a proposé sa propre version avec les soldats de saint Cornély. Deux récits pour un même vide d'explication — et les deux survivent, deux siècles après que l'archéologie a répondu.
Un marqueur identitaire actuel. Le korrigan a quitté le folklore pour devenir un signe d'appartenance : noms de commerces, de festivals, de lieux culturels. Le mot circule aujourd'hui bien au-delà des récits qui l'ont produit.
Sur les traces de la danse des Korrigans : Alignements de Carnac
Où voir — Les alignements de Carnac, dans le Morbihan, où la tradition place la ronde des korrigans entre les menhirs.
À visiter — Locmariaquer, Erdeven et Saint-Just pour d'autres alignements ; la forêt de Brocéliande-Paimpont ; la fontaine de Barenton ; les Monts d'Arrée et les Landes de Lanvaux ; la fontaine de Notre-Dame du Folgoët ; la forêt de Quénécan.
Lieux liés — Locmariaquer · Erdeven · Forêt de Brocéliande-Paimpont · Fontaine de Barenton · Monts d'Arrée
Sur la carte
Alignements de Carnac, Bretagne — lieu identifié.
Emplacement de la légende : Alignements de Carnac, Bretagne, coordonnées 47.5844 N, -3.0797 E.
Sources
L'épisode « La danse des Korrigans » a été écrit à partir des sources suivantes.
- Paul Sébillot — Répartition des esprits du Petit Peuple par milieux. A contribué à standardiser l'image du korrigan.
- Pierre Dubois — Classification des créatures du Petit Peuple
- Annick Le Guen — Coutumes et croyances de Bretagne, 1993
- Commune de Carnac — La légende des menhirs. Restitution en 2015 d'une version orale racontée dans les alignements en 1964.
- Claude Seignolle — Contes, récits et légendes des pays de France, Presses de la Renaissance
Texte et narration : Louis Brach · Épisode publié le · Page mise à jour le
Questions fréquentes sur La danse des Korrigans
Qui sont les korrigans ?
Les korrigans sont les créatures du Petit Peuple breton, hautes comme une main selon la tradition. Gardiennes jalouses des trésors cachés, elles vivent près des mégalithes, des fontaines et des carrefours, et sortent la nuit pour danser en cercle.
Que risque-t-on en approchant la danse des korrigans ?
Celui qui s'approche d'un cercle de danseurs nocturnes risque d'y être entraîné et de ne plus pouvoir s'arrêter jusqu'à l'aube. Le motif de la ronde est l'un des plus constants des récits bretons consacrés au Petit Peuple.
Les korrigans sont-ils bons ou mauvais ?
Ni l'un ni l'autre, et c'est ce qui les rend redoutables. Ils peuvent se montrer très généreux avec un mortel humble et respectueux, et devenir des adversaires implacables dès qu'on leur manque d'égards. Les récits ne les rangent dans aucun camp.
Les korrigans ont-ils dressé les menhirs de Carnac ?
C'est ce que dit la tradition locale : les kérions, d'une force extraordinaire malgré leur taille, auraient remué toutes les pierres. Une version chrétienne concurrente appelle les menhirs Soudarded Sant Kornely, les soldats de saint Cornély.
Où peut-on rencontrer des korrigans en Bretagne ?
La tradition les place dans quatre types de sites : les alignements mégalithiques comme Carnac, Locmariaquer et Erdeven ; les fontaines sacrées comme Barenton ; les landes intérieures comme les Monts d'Arrée ; et les forêts anciennes, Brocéliande au premier rang.
Comment les korrigans s'appellent-ils selon les régions ?
Les noms varient considérablement : korrig et poulpiquet en Cornouaille, teuz, kornandon en Basse-Bretagne, hozigan dans le pays vannetais, garlandon en Trégor, kourrikan au pays de Guérande, ou encore bugale an noz, « enfants de la nuit ».
Quels pouvoirs ont les korrigans ?
La tradition leur attribue une force très supérieure à leur taille, la métamorphose en chat, chien ou cheval, l'invisibilité à volonté, et des yeux rouges et lumineux capables d'ensorceler celui qui les regarde trop longtemps.
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