Légendes régionales
Le briseur de croix — la légende bretonne du chevalier Argall à Bothuan
Un calvaire à trois croix penché par la tempête, un chevalier qui y voit une aubaine pour son escalier, et une pierre volée qui ne cesse de gémir.

En bref
Le briseur de croix est une légende bretonne portée par le podcast Légendes de France. Près du hameau de Bothuan, dans le Finistère, un calvaire aligne trois croix de pierre : celle du Christ, du bon larron et du mauvais larron. Après qu'une tempête a fait pencher la croix du Christ, le chevalier Argall y voit une aubaine et vole les pierres du calvaire pour bâtir l'escalier de son manoir. La légende attribue au chevalier une lèpre inconnue à Bothuan depuis des siècles, et un escalier qui tremble chaque nuit.
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5 — Le briseur de croix (Légendes régionales)
« Il existe un sentier menant à un carrefour où 3 croix se font face... »
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La légende de Le briseur de croix
Bothuan, au carrefour des trois croix
Près du hameau de Bothuan, un carrefour à la croisée de plusieurs chemins concentre trois croix de pierre. Soucieuse de marquer son emprise sur la région, l'Église y avait fait dresser non pas un calvaire simple, mais la scène complète du Golgotha : la croix du Christ, encadrée par celles des deux criminels crucifiés à ses côtés — le bon larron, qui s'était repenti, et le mauvais larron, qui, fou de douleur, avait insulté le Sauveur.
La croix qui ne tient jamais debout
Le temps et le vent avaient eu raison de la croix du bon larron, tombée en morceaux. Après un orage violent, celle du Sauveur penchait dangereusement — tandis que celle du mauvais larron, elle, se tenait fièrement dans la brume, comme si le mal résistait mieux aux intempéries que la grâce.
La chute du chevalier Argall
Un soir, le chevalier Argall traversait ce carrefour avec son écuyer. Son cheval buta sur une pierre tombée de la croix brisée du bon larron, se cabra et jeta son cavalier à terre. Le jeune écuyer, qui l'avait pourtant averti de ralentir l'allure, se signa pour écarter les mauvais esprits — tandis qu'Argall, furieux, jurait d'avoir raison de « ces morceaux de pierre » et annonçait déjà vouloir revenir la nuit même pour s'en servir : sa demeure avait besoin d'un nouvel escalier, et cette pierre ferait l'affaire. Devant les protestations du page, il trancha : la pierre était tombée de son socle, elle n'appartenait donc plus à l'Église. Le jeune homme regardait faire son maître, hilare — et aurait juré entendre, plus loin dans les bois, d'autres rires, plus lointains et glaçants.
Le larcin du chemin des Trois-Croix
De retour au manoir, Argall entraîna aussitôt un valet peu vertueux jusqu'au chemin des Trois-Croix. Les deux hommes chargèrent dans un chariot les pierres du bon larron, non sans remarquer, en s'entre- regardant, qu'une pierre d'une telle qualité valait cher. Puis, sous la pluie et le vent, tout sourires, ils firent levier avec de grandes branches sur la croix du mauvais larron elle-même, qui explosa en morceaux. Le cheval, effrayé, s'emballa et brisa la carriole, répandant son chargement à terre ; il fallut plusieurs heures aux deux hommes pour rassembler leur butin et rentrer, forts de leur larcin.
L'escalier qui gémit
Les pierres volées servirent de marches à l'escalier du manoir. La maison se peupla vite de murmures incessants la nuit, au point que la domesticité la déserta ; le valet complice mourut le crâne fracassé après une chute dans cet escalier. L'agonie d'Argall, elle, fut plus longue : le chevalier contracta une lèpre non contagieuse, que l'on n'avait plus vue à Bothuan depuis des siècles. Chaque nuit de sa maladie, l'escalier de granit se mettait à trembler sous lui. Il rendit son dernier souffle sur une ultime supplique — que la croix apaisée cesse enfin de trembler — avant que ne résonnent, une dernière fois, des rires funèbres et étouffés, comme ceux de démons mis en fuite après avoir, malgré tout, accompli leur méfait.
La maison des pauvres
La demeure du briseur de croix fut ensuite destinée à loger les pauvres venus demander asile. On pensait, non sans raison, que la charité — qui lave les péchés — achèverait d'écarter les dernières traces de cette malédiction.
Le briseur de croix en dix lignes
| Titre | Le briseur de croix |
|---|---|
| Région | Bretagne (Finistère) |
| Lieu du récit | Bothuan, hameau de la commune de Commana, dans les monts d'Arrée |
| Décor | Un calvaire à trois croix (Christ, bon larron, mauvais larron) au chemin des Trois-Croix |
| Protagoniste | Le chevalier Argall |
| Châtiment | Une lèpre non contagieuse et un escalier de pierre volée qui tremble chaque nuit |
| Type | Légende de sacrilège puni, autour d'une croix de chemin |
| Série | Légendes régionales, saison 3, épisode 5 |
| Durée | 04:27 |
| Localisation sur la carte | Lieu incertain : pin placé en Bretagne, sans validation de l'auteur |
D'où vient la légende ?
Le mot « calvaire » vient du latin *calvaria*, qui traduit l'araméen *golgotha* : le lieu du crâne où, selon les Évangiles, le Christ fut crucifié. Dans son acception stricte, un calvaire comprend trois croix — celle du Christ, encadrée par celles du bon et du mauvais larron, les deux criminels crucifiés à ses côtés. C'est cette scène complète du Golgotha que la légende situe au carrefour de Bothuan.
Le Finistère concentre les calvaires bretons les plus anciens et les plus ouvragés de France, en particulier dans les enclos paroissiaux de Cornouaille et du Léon : celui de Tronoën, le plus ancien, et celui de Saint-Thégonnec, l'un des plus emblématiques. La Bretagne compte par ailleurs plus de vingt mille croix et calvaires, dressés le long des chemins et aux carrefours, auxquels on attribuait traditionnellement une fonction protectrice contre les intempéries, les maladies et les malheurs.
Le récit situe son intrigue près du hameau de Bothuan, dans la commune de Commana, au cœur des monts d'Arrée finistériens. Une croix y est bien attestée : elle figure sur le cadastre de 1812, fut remplacée en 1896, puis restaurée dans les années 1980. Mais cette croix documentée est unique — un emmarchement à trois degrés, non trois croix distinctes — et aucune source écrite recensée ne rattache à ce lieu le récit du chevalier Argall et du chemin des Trois-Croix : il s'agit vraisemblablement d'une tradition orale locale, propre au répertoire de l'auteur.
Sur les traces du briseur de croix : Bretagne
Où voir — Le hameau de Bothuan, à Commana (Finistère), conserve une croix monumentale attestée depuis le cadastre de 1812, remplacée en 1896 puis restaurée dans les années 1980 — sans certitude qu'il s'agisse du calvaire à trois croix du récit.
À visiter — Commana et les monts d'Arrée, au cœur du Parc naturel régional d'Armorique ; les grands calvaires des enclos paroissiaux du Finistère (Tronoën, Saint-Thégonnec, Guimiliau, Plougastel-Daoulas), qui donnent à voir la même scène du Golgotha à trois croix.
Lieux liés — Bothuan, hameau de la commune de Commana (Finistère) · Chemin des Trois-Croix, près de Bothuan · Monts d'Arrée, Finistère
Dans la région
Lieu incertain : légende racontée en Bretagne, sans lieu-dit identifié.
Lieu incertain : légende racontée en Bretagne, sans lieu-dit identifié.
Sources
L'épisode « Le briseur de croix » a été écrit à partir des sources suivantes.
- Inventaire général du patrimoine culturel de Bretagne (Gertrude / Bretania) — Croix monumentale, Bothuan (Commana). Notice patrimoniale attestant l'existence réelle du hameau et de sa croix, mentionnée dès le cadastre de 1812 ; ne documente pas la légende du chevalier Argall elle-même.
- Claude Seignolle — Contes, récits et légendes des pays de France, Presses de la Renaissance
Texte et narration : Louis Brach · Épisode publié le · Page mise à jour le
Questions fréquentes sur Le briseur de croix
Qu'est-ce que la légende du briseur de croix ?
Le briseur de croix est une légende bretonne portée par le podcast Légendes de France. Près de Bothuan, dans le Finistère, le chevalier Argall brise et vole les pierres d'un calvaire à trois croix pour bâtir l'escalier de son manoir, avant d'être frappé d'une lèpre inconnue à Bothuan depuis des siècles.
Qui est le chevalier Argall ?
Le chevalier Argall est le protagoniste de la légende : un noble breton qui, après une chute de cheval provoquée par une pierre tombée d'une croix, décide de dépouiller le calvaire voisin de ses pierres pour s'en servir comme marches d'escalier.
Où se déroule la légende du briseur de croix ?
Le récit situe son intrigue près du hameau de Bothuan, dans la commune de Commana (Finistère), au cœur des monts d'Arrée. Une croix y est réellement attestée depuis le cadastre de 1812, sans certitude qu'elle corresponde au calvaire à trois croix du récit.
Pourquoi le calvaire de la légende compte-t-il trois croix ?
Un calvaire, au sens strict, comprend trois croix : celle du Christ, encadrée par celles du bon et du mauvais larron, les deux criminels crucifiés à ses côtés selon les Évangiles. C'est cette scène du Golgotha que la légende situe au carrefour de Bothuan.
Comment le chevalier Argall est-il puni dans la légende ?
Sa demeure se peuple de murmures nocturnes, son valet complice meurt dans l'escalier volé, puis Argall contracte une lèpre inconnue à Bothuan depuis des siècles. Chaque nuit de son agonie, l'escalier de pierre volée tremble sous lui, jusqu'à sa mort.
La légende du briseur de croix est-elle attestée dans les sources bretonnes ?
Une croix est bien attestée à Bothuan, en Commana, depuis le cadastre de 1812, et les calvaires bretons sont largement documentés en général. Mais aucune source écrite recensée ne rattache à ce lieu le récit du chevalier Argall : il relève vraisemblablement d'une tradition orale locale, propre au répertoire du podcast.
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