Légendes régionales
La Rue des Masques — le trésor de Noël et la veuve d'Eygliers
Dans une faille où les sorciers tenaient sabbat, un trésor n'apparaît qu'au premier coup de minuit de Noël — et Marguerite, veuve d'Eygliers, y trouve mieux que de l'or.

En bref
La Rue des Masques est un passage naturel né de l'effondrement d'un pan de falaise de poudingue, entre Guillestre et Mont-Dauphin, dans les Hautes-Alpes, où le Guil coule au pied de parois hautes de plus de 80 mètres. Son nom vient du provençal « masco », qui signifie sorcier : la tradition locale y situait leur sabbat. La légende raconte aussi Marguerite Oliron, veuve d'Eygliers réduite à la mendicité, à qui la roche ouvre une grotte pleine d'or le soir de Noël, au premier coup de minuit.
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18 — La Rue des Masques (Légendes régionales)
« Les sorciers et les géants possèdent leur propre ville dans les montagnes... »
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La légende de La Rue des Masques
Une rue ouverte dans le vacarme
Selon la tradition orale, ce passage se serait ouvert avant l'arrivée des Romains en Gaule : des habitants de la plaine voisine, partis cueillir des tiges de lavande, virent des blocs de pierre se disjoindre lentement, dans un vacarme de grondements sourds mêlés à des voix rauques et étrangères. Terrés non loin de là pendant deux jours, ils découvrirent ensuite la terre entrouverte sur une fissure naturelle large de cinq à dix mètres, formant une véritable rue de pierre où l'herbe pousse mais où le soleil ne pénètre jamais.
Le lieu, une fois ouvert, se serait peuplé d'êtres étranges. Une bergère y aurait croisé un géant noir haut de plusieurs fois sa taille ; d'autres bergers racontèrent avoir vu deux géants s'enfoncer dans le sol à l'extrémité du vallon. Un marchand de passage affirma même avoir été contraint de danser toute une nuit avec une troupe de nains agiles, lors d'un sabbat. Effrayés, les bergers cessèrent de mener leurs troupeaux dans le ravin : c'est de ces sorciers, les « mascos » en provençal, que la Rue des Masques tient son nom.
Marguerite Oliron et le trésor de minuit
Selon la légende, la nuit de Noël, au premier coup de minuit, la roche s'entrouvre sur une grotte remplie de l'or fabriqué par les sorciers, qui perdent leur pouvoir cette nuit-là et s'y cachent. Chacun peut alors emporter sa charge d'or — à condition d'être ressorti avant le douzième coup, sous peine de rester prisonnier de la pierre.
Marguerite Oliron, jeune veuve d'Eygliers qui peine à nourrir son enfant, décide de tenter sa chance. Elle se rend à la Rue des Masques avec son enfant dans les bras, au moment où l'église d'Eygliers sonne le premier coup de minuit. La roche s'ouvre sur le trésor : Marguerite pose son enfant sur le tas d'or pour remplir ses poches de quelques pièces.
Mais le douzième coup retentit trop tôt. Les parois se referment sur l'or et sur l'enfant, tandis qu'elle aperçoit un nain s'approcher au fond de la grotte. Toute l'année qui suit, désespérée, elle revient chaque soir devant la roche et s'y endort de fatigue ; chaque matin, elle se réveille chez elle, un pain neuf posé sur sa table. L'année suivante, à Noël, elle attend éveillée : au premier coup de minuit, la grotte s'ouvre sur son fils, qui lui tend les bras depuis un tas d'or et de diamants. Sans un regard pour les richesses, elle reprend son enfant et s'enfuit — et l'on raconte que, depuis ce jour, la mère et le fils ne connurent plus jamais la misère.
La Rue des Masques en dix lignes
| Nom du lieu | La Rue des Masques |
|---|---|
| Étymologie | « Masco », mot provençal signifiant sorcier |
| Lieu | Entre Guillestre et Mont-Dauphin, Hautes-Alpes (départ au plateau du Simoust) |
| Nature du site | Passage encaissé entre des falaises de plus de 80 mètres de haut, espacées d'environ 200 mètres, sur les deux kilomètres du canyon creusé par le Guil ; né de l'effondrement d'un pan de falaise de poudingue (conglomérat de galets, d'argile et de calcaire), vestige de la moraine frontale d'un ancien glacier |
| Informateur | Abrard, dit « Joli Cœur », artisan guillestrin |
| Tradition associée | Lieu de sabbat des sorciers du pays |
| Personnage de la légende | Marguerite Oliron, jeune veuve d'Eygliers |
| Moment clé | Le premier coup de minuit, la nuit de Noël |
| Morale du récit | L'amour maternel préféré à un trésor d'or |
D'où vient la légende ?
Le nom même du lieu, dérivé du provençal « masco » — sorcier —, atteste d'une tradition orale ancienne associant cette faille rocheuse impressionnante à des pratiques de sorcellerie populaire, un motif que l'on retrouve associé à de nombreux sites naturels spectaculaires en Provence et dans les Alpes du Sud.
La légende de Marguerite s'inscrit dans un motif de conte plus large, celui du trésor qui ne se révèle qu'à une date précise de l'année — souvent la nuit de Noël — et dont la véritable épreuve morale consiste à préférer un bien immatériel, ici l'amour maternel, à la richesse matérielle offerte.
Le récit a été transmis localement par Abrard, dit « Joli Cœur », artisan guillestrin, et consigné dans l'ouvrage *Guillestre, mon pays* du général A. Guillaume, publié par la Société d'études des Hautes-Alpes en 1978. Le site lui-même a une origine géologique documentée, bien distincte du récit merveilleux qui s'y est greffé : un effondrement d'un pan de falaise de poudingue — un conglomérat de galets, d'argile et de calcaire, vestige de la moraine frontale d'un ancien glacier — qui a ouvert ce passage entre des parois hautes de plus de 80 mètres, espacées d'environ 200 mètres, sur les deux kilomètres du canyon creusé par le Guil entre Guillestre et Mont-Dauphin.
Sur les traces de la Rue des Masques : Alpes
Où voir — Le sentier de randonnée de la Rue des Masques, au départ du plateau du Simoust à Guillestre, un circuit balisé d'environ 7,3 km à travers le canyon du Guil.
À visiter — La place forte de Mont-Dauphin, fortification de Vauban classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, et le village d'Eygliers, tous deux visibles depuis le sentier.
Lieux liés — Guillestre, Hautes-Alpes · Mont-Dauphin, place forte voisine · Eygliers, village natal de Marguerite Oliron · Plateau du Simoust, point de départ du sentier
Dans la région
Lieu incertain : légende racontée dans les Alpes, sans lieu-dit identifié.
Lieu incertain : légende racontée dans les Alpes, sans lieu-dit identifié.
Sources
L'épisode « La Rue des Masques » a été écrit à partir des sources suivantes.
- Général A. Guillaume — Guillestre, mon pays, Société d'études des Hautes-Alpes, 1978. Consigne la légende de la Rue des Masques et de Marguerite Oliron, transmise par Abrard, dit « Joli Cœur », artisan guillestrin.
- Claude Seignolle — Contes, récits et légendes des pays de France, Presses de la Cité
Texte et narration : Louis Brach · Épisode publié le · Page mise à jour le
Questions fréquentes sur La Rue des Masques
Qu'est-ce que la Rue des Masques ?
Un passage naturel encaissé entre les communes de Guillestre et Mont-Dauphin, dans les Hautes-Alpes, né de l'effondrement d'un pan de falaise de poudingue au bord des gorges creusées par le Guil. Son nom vient du provençal « masco », qui signifie sorcier.
Que raconte la légende de Marguerite à la Rue des Masques ?
Marguerite Oliron, jeune veuve d'Eygliers réduite à la mendicité, s'y rend la nuit de Noël. Au premier coup de minuit, la roche s'ouvre sur une grotte d'or ; elle y retrouve son enfant et choisit de le sauver plutôt que d'emporter le trésor.
Pourquoi la Rue des Masques est-elle associée aux sorciers ?
Son nom dérive du provençal « masco », qui signifie sorcier. La tradition locale y situait le sabbat des sorciers du pays, dans ce décor de rochers effondrés où bergers et voyageurs affirmaient croiser géants noirs et nains agiles, la nuit tombée.
Où se trouve la Rue des Masques ?
Entre les communes de Guillestre et Mont-Dauphin, dans les Hautes-Alpes, au débouché des gorges creusées par le torrent du Guil. Le site se rejoint depuis le plateau du Simoust, à Guillestre, par un sentier de randonnée balisé d'environ 7,3 kilomètres.
Qui était Marguerite Oliron ?
Une jeune veuve du village d'Eygliers, dans les Hautes-Alpes, réduite à la mendicité pour nourrir son enfant, héroïne de la légende du trésor de Noël associée à la Rue des Masques, transmise localement par l'artisan guillestrin Abrard, dit « Joli Cœur ».
Peut-on visiter la Rue des Masques aujourd'hui ?
Oui : c'est un sentier de randonnée balisé, praticable toute l'année, qui traverse le canyon creusé par le Guil et offre des vues sur la place forte de Mont-Dauphin, fortification de Vauban classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, et sur le village d'Eygliers.
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