Légendes régionalesPays basque · Côte basque · 6 min 01

Le capitaine au serpent — la légende basque de Mahistruba et du serpent conseiller

Un vieux capitaine basque, ruiné par les pertes, suit aveuglément les conseils d'un serpent croisé chaque jour sur la plage — jusqu'à découvrir qui se cache vraiment sous ses écailles.

Illustration de l'épisode Le capitaine au serpent, série Légendes régionales

En bref

Le capitaine au serpent est une légende basque recueillie dans la tradition orale de la côte, entre Saint-Jean-de-Luz et Bidart. Le capitaine Mahistruba, ruiné par une vie de pertes en mer, se lie chaque jour à un serpent rencontré sur la plage. Le serpent lui fait construire un navire, embarque en secret dans la cale et guide l'équipage à travers une tempête, un vol risqué chez une vieille femme et une arrestation royale — avant de révéler qu'il est le fils disparu d'un roi, changé en serpent par un sortilège.

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12 — Le capitaine au serpent (Légendes régionales)

Légendes régionales · Saison 1, épisode 12 · 6 min 01

« Ce vieux capitaine basque est prêt à tout, même à écouter un serpent ! »

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La légende de Le capitaine au serpent

Un capitaine ruiné et son étrange compagnon

Mahistruba a connu beaucoup de pertes dans sa vie de marin ; il ne navigue plus. Chaque jour, par plaisir, il descend au bord de mer et y retrouve un gros serpent inoffensif, au regard intelligent, auquel il répète invariablement : « Dieu t'a donné aussi la vie ! Vis donc ! » Le jour où Mahistruba se soucie de marier sa fille et de lui offrir une dot, le serpent lui parle pour la première fois.

Il l'envoie commander un navire à Mattin, le constructeur, avec l'ordre d'offrir le double du prix demandé, puis d'engager douze matelots vigoureux en doublant également leur salaire. Le serpent libère lui-même, de sous son corps, l'argent nécessaire pour payer le navire et l'équipage — et exige qu'on lui aménage, au fond de cale, un espace vide où se lover : il accompagnera le capitaine en mer.

La traversée, la tempête et l'oiseau noir

Un marchand charge la cale pour rejoindre une ville de la côte. Les matelots ignorent ce que transporte réellement leur capitaine, qui rend chaque jour visite à son passager caché. Un matin, le serpent prophétise une tempête si violente que la nuit et la mer se confondront : au cœur de cette nuit, il faudra abattre un grand oiseau noir surgi des ténèbres, sous peine de perdre le navire.

Quand la tempête éclate, le serpent donne un breuvage fortifiant au capitaine, qui le confie à son meilleur tireur. Tandis que le navire gîte et que les flots menacent de submerger le pont, l'oiseau jaillit à minuit et le tireur parvient à l'abattre. Les cieux se calment aussitôt. Informé, le serpent se contente de répondre : « Je le savais. »

Bidart, le briquet volé et la vieille femme

Le serpent demande si le navire est proche de Bidart. C'est le cas : il ordonne d'y accoster et réclame le meilleur coureur du bord. Les matelots désignent Iban. Le serpent lui fait dire de gagner le sommet d'une petite colline, où vit une vieille femme, et d'y dérober trois objets — un briquet, une pierre à fusil, une boîte à amadou — un seul par jour, chacun un jour différent.

Iban rapporte le briquet, mais la vieille, aux yeux rouges et aux allures de sorcière, le poursuit et lui arrache la peau du dos au moment où il saute à bord. Le serpent le guérit aussitôt d'un remède. Deux jours de suite, Iban revient sous un déguisement différent chercher la pierre puis la boîte, échappe chaque fois de justesse à la vieille femme, et chaque fois le serpent le guérit.

Les salves de canon et le jugement du roi

Le serpent ordonne de tirer sept salves d'artillerie, puis, le lendemain, douze. Craintif, Mahistruba obéit tout de même. Magistrats et police montent aussitôt à bord, passent les menottes à l'équipage et au capitaine : le roi du lieu, en deuil depuis sept ans de son fils unique perdu à la guerre, avait interdit tout coup de canon en ville, l'attendant en vain pour saluer son retour.

Condamné à la pendaison avec ses hommes, Mahistruba obtient du roi un sursis : qu'il vienne d'abord constater par lui-même, à bord, qu'il n'y a rien qui mérite une telle sentence.

Le sortilège rompu et le retour du fils

En descendant dans la cale, le roi retrouve son fils tant pleuré. Le jeune homme raconte qu'une vieille femme l'avait changé en serpent, et que depuis sept ans il errait sur une plage où un capitaine lui répétait chaque jour : « Dieu t'a donné aussi la vie ! Vis donc ! » Le roi comprend que chaque étape du voyage — le navire, la tempête, les objets volés, les salves de canon — a défait pièce par pièce le maléfice de la sorcière, qu'il fait arrêter et exécuter.

Mahistruba et ses hommes sont libérés et fêtés, le roi donne banquet plusieurs jours durant, et chacun repart avec de quoi vivre à l'aise pour le reste de ses jours. Rentré chez lui, le vieux capitaine a enfin de quoi offrir une dot immense à sa fille bien-aimée.

Le capitaine au serpent en dix lignes

Fiche d'identité de l'épisode « Le capitaine au serpent ».
TitreLe capitaine au serpent
Personnage principalMahistruba, vieux capitaine de la côte basque
Serpent conseillerEn réalité le fils unique d'un roi, changé en serpent par une vieille sorcière
Coureur du bordIban, chargé de dérober trois objets à la vieille femme de Bidart
Constructeur navalMattin, à qui Mahistruba commande le navire
Escale clé du récitBidart
Source littéraireWentworth Webster et Julien Vinson, Basque Legends (1877, 2e éd. 1879), conte « Mahistruba, the Master Mariner »
SérieLégendes régionales, saison 1, épisode 12
Durée06:01
LocalisationLieu incertain : pin placé sur la côte basque, sans validation de l'auteur

D'où vient la légende ?

Le conte est attesté par écrit dans Basque Legends, collected chiefly in the Labourd, recueil publié à Londres par le révérend Wentworth Webster avec le linguiste Julien Vinson en 1877 (deuxième édition augmentée en 1879). Le récit y figure sous le titre « Mahistruba, the Master Mariner », dans la section consacrée aux contes de fées, aux pages 100 à 105 — « Mahistruba » désignant, dans le titre anglais lui-même, le maître d'équipage, le capitaine.

Webster précise avoir recueilli l'essentiel de ses contes dans le Labourd, la province basque du littoral qui va de la Bidassoa à l'Adour et comprend Bidart, Saint-Jean-de-Luz et Ciboure — exactement le décor de l'escale où le serpent envoie Iban affronter la vieille femme. Le schéma d'un animal secourable qui se révèle être un être humain ensorcelé est un motif que l'on retrouve dans plusieurs traditions populaires européennes, sans qu'on puisse affirmer de filiation directe entre ses différentes versions.

Le serpent de Mahistruba ne doit pas être confondu avec Herensuge, le monstrueux serpent à sept têtes du folklore basque, que la tradition dit terrassé en 1407 par le chevalier navarrais Gaston de Belzunce sur les bords de la Nive — figure elle aussi consignée par Webster dans le même recueil, mais dans un conte distinct. Rien ne permet d'établir de lien entre les deux créatures : l'une est une menace vaincue par les armes, l'autre un prince ensorcelé et bienveillant du début à la fin.

Le métier de Mahistruba ancre le conte dans une réalité économique bien documentée. Du Moyen Âge au XVIIIe siècle, les ports de la côte basque — Bayonne, Saint-Jean-de-Luz, Ciboure — vécurent de la chasse à la baleine côtière puis, à partir du XVIe siècle, de la pêche lointaine à la morue de Terre-Neuve, avant que le traité d'Utrecht (1713), en cédant Terre-Neuve au Royaume-Uni, ne ruine cette activité et n'appauvrisse durablement ces ports.

Sur les traces du capitaine au serpent : Côte basque

Où voir — Le texte original du conte, publié par Wentworth Webster et Julien Vinson sous le titre « Mahistruba, the Master Mariner », est consultable en ligne sur l'Internet Archive et le Project Gutenberg.

À visiter — Bidart et les ports voisins de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure, d'où partaient dès le Moyen Âge les baleiniers et morutiers de la côte basque.

Lieux liés — Bidart · Colline surplombant Bidart, où vivait la vieille femme du conte · Labourd, province basque où le conte fut recueilli par Wentworth Webster au XIXe siècle

Lieu incertain : légende racontée au Pays basque, sans lieu-dit identifié.

Lieu incertain : légende racontée au Pays basque, sans lieu-dit identifié.

Sources

L'épisode « Le capitaine au serpent » a été écrit à partir des sources suivantes.

  1. Wentworth Webster (avec Julien Vinson) — Basque Legends: Collected, Chiefly in the Labourd, Griffith and Farran, Londres, 1877 (2e éd. augmentée, 1879). Contient le conte « Mahistruba, the Master Mariner » (p. 100-105, section Contes des Fées), source littéraire de la légende, ainsi que le conte du serpent Heren-Suge.
  2. Francis Brumont — Petite histoire de la pêche à la morue et de la chasse à la baleine au Pays basque, Cairn, 2019. Histoire de la chasse à la baleine et de la pêche lointaine par les marins basques, contexte maritime et économique de la légende.
  3. Claude Seignolle — Contes, récits et légendes des pays de France, Presses de la Renaissance

Texte et narration : Louis Brach · Épisode publié le · Page mise à jour le

Questions fréquentes sur Le capitaine au serpent

Qu'est-ce que la légende du capitaine au serpent ?

Une légende basque où le capitaine Mahistruba, ruiné par des pertes en mer, suit les conseils d'un serpent rencontré chaque jour sur la plage. Le serpent lui fait construire un navire et l'accompagne en secret dans un périple semé d'épreuves, jusqu'à révéler sa véritable identité.

Qui est Mahistruba ?

Mahistruba est un vieux capitaine de la côte basque qui ne navigue plus après avoir connu beaucoup de pertes. Il cherche une dot pour marier sa fille lorsque le serpent, rencontré sur la plage, lui propose son aide et finance la construction d'un navire.

Qui se cache réellement sous les traits du serpent ?

Le serpent est en réalité le fils unique d'un roi, changé en serpent par une vieille sorcière. Pendant sept ans, il erre sur la plage où Mahistruba lui répète chaque jour : « Dieu t'a donné aussi la vie ! Vis donc ! »

Que se passe-t-il à Bidart dans la légende ?

À l'escale de Bidart, le serpent envoie le matelot Iban dérober trois objets à une vieille femme au sommet d'une colline : un briquet, une pierre à fusil et une boîte à amadou, un par jour, chaque tentative se soldant par une blessure guérie aussitôt par le serpent.

Le capitaine au serpent est-il lié à Herensuge ?

Non, ce sont deux figures distinctes du bestiaire serpentiforme basque. Herensuge est un dragon menaçant à sept têtes, terrassé selon la tradition par le chevalier Gaston de Belzunce en 1407. Le serpent de Mahistruba est un prince ensorcelé, bienveillant du début à la fin.

D'où vient la légende du capitaine au serpent ?

Le conte est attesté dans Basque Legends, recueil de Wentworth Webster et Julien Vinson publié à Londres en 1877 (2e éd. 1879), sous le titre « Mahistruba, the Master Mariner », dans les contes recueillis principalement en Labourd, sur la côte basque.

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