Contes armoricains
Saint Paul Aurélien et le dragon — la légende du Trou du Serpent de l'île de Batz
Une étole en guise de licol, un bâton glissé dans le nœud, et un dragon mené jusqu'au Trou du Serpent — puis une cloche rendue par la mer.

En bref
Saint Paul Aurélien, né vers 492 au pays de Galles, est le fondateur de l'évêché du Léon et l'un des sept saints fondateurs de la Bretagne. Sa légende raconte qu'il délivra l'île de Batz d'un dragon : il lui passa son étole au cou, y glissa son bâton et la mena jusqu'à la pointe nord de l'île, au lieu nommé Toull ar Zarpant, le Trou du Serpent, où il lui ordonna de disparaître dans la mer. Le comte Withur lui offrit alors l'île entière.
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12 — Saint Paul Aurélien & le dragon (Contes armoricains)
« Saint Paul Aurélien fut formé aux côtés de Saint Samson, au pays de Galles. »
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La légende de Saint Paul Aurélien & le dragon
Un disciple venu du pays de Galles
Paul Aurélien est né vers 492 dans le sud du pays de Galles, à Glamorgan ou Cardiff selon les sources. Il est formé aux côtés de saint Samson, à l'école du maître gallois Illtud, puis gagne à son tour l'Armorique pour y porter l'Évangile. Il débarque à Ouessant, prêche le long de la côte nord du Finistère, et remonte jusqu'à l'île de Batz.
L'île est alors un lieu de terreur. Un dragon la ravage, et chacun connaît son repaire. Le peuple comme les autorités sont paralysés par la peur.
L'étole et le bâton
Paul n'est pas un soldat, ou alors un soldat bien particulier : un serviteur de Dieu. Il marche droit vers la bête. Le monstre se dresse, prêt à frapper, et ses flammes lèchent la robe de l'évêque. Calmement, Paul retire son étole, l'écharpe de son ministère. Fascinée, la bête regarde ce mortel qui ne tremble pas.
Le saint passe l'étole autour du cou du dragon comme un simple licol, puis glisse son bâton dans le nœud. Soudain docile, la bête se laisse conduire jusqu'à l'extrémité nord de l'île, au lieu qu'on appelle encore Toull ar Zarpant, le Trou du Serpent. Là, Paul lui ordonne de disparaître à jamais dans les profondeurs marines, et le monstre obéit. Les vagues, en s'y fracassant, produisent toujours un bruit étrange.
La version conservée sur l'île ajoute deux détails : le comte Withur aurait fait de la délivrance du pays la condition de son accueil, et le saint, après une nuit de prières, se serait fait accompagner d'un jeune guerrier de Cléder dont il bénit l'épée — une épée qui ne servit pas.
Ce qui n'est pas tué
Il faut relever la nuance, parce qu'elle est constante dans l'hagiographie bretonne : la créature n'est pas tuée. Elle est renvoyée aux éléments, rendue à une mer plus en colère qu'elle. Le saint ne détruit pas l'ancien monde : il le remet à sa place.
L'île offerte
Témoin du miracle, le comte Withur offre à Paul l'île entière et son oppidum, sa forteresse. Le saint se fait bâtisseur : il guérit la terre des sévices du dragon, multiplie les ruches à partir de quelques abeilles et apaise les bêtes sauvages. Il fonde ensuite l'évêché du Léon sur le continent, face à son île.
La cloche du roi Marc
Entre le comte et le saint naît une amitié profonde. Un jour, Paul confie à Withur son seul regret. Avant de gagner l'île, il avait séjourné à la cour du roi Marc — le roi aux oreilles de cheval. Il lui avait demandé une seule chose : l'une des sept cloches qui appelaient les convives à table, pour en faire sonner les offices. Le roi la lui avait refusée.
Il achève à peine son récit qu'un serviteur entre avec la pêche du jour : dans une main, un saumon d'une taille étonnante ; dans l'autre, une cloche couverte de sangsues de mer. Le comte la fait sonner, et Paul éclate de rire : c'est la cloche même que le roi Marc lui avait refusée. La tradition l'identifie à la cloche ancienne, le Hir-glaz, que conserve la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon.
Saint Paul Aurélien & le dragon en dix lignes
| Nom | Saint Paul Aurélien |
|---|---|
| Variantes | Saint Pol, Pol Aurélien, Paul Aurélien ; Sant-Paol en breton |
| Type | Vie de saint, combat contre le dragon |
| Région | Bretagne — Léon (Finistère) |
| Origine | Né vers 492 à Glamorgan, dans le sud du pays de Galles — Cardiff selon certaines sources |
| Itinéraire | Débarquement à Ouessant, prédication le long de la côte nord du Finistère, puis île de Batz |
| Commanditaire | Le comte Withur, qui offre l'île et son oppidum au saint après le miracle (la version locale en fait la condition de son accueil) |
| Arme | L'étole épiscopale, passée au cou du dragon, et le bâton glissé dans le nœud. Selon la version locale, un jeune guerrier de Cléder l'accompagne avec une épée bénie qui ne sert pas. |
| Issue | Le dragon, rendu docile, est mené à la pointe de l'île et précipité dans la mer — non tué |
| Toponyme issu | Toull ar Zarpant, le Trou du Serpent |
| Relique | Une étoffe censée être la fameuse étole est conservée dans l'église de l'île de Batz |
| Fondations | Monastère de l'île de Batz ; évêché du Léon sur le continent, à Saint-Pol-de-Léon |
| Étymologie de Batz | Inconnue. Le rapprochement avec le bâton du saint (bazh en breton) relève de l'étymologie populaire. En breton, l'île se nomme Enez Vaz. |
| Autre miracle | La cloche refusée par le roi Marc, rapportée par la mer avec un saumon ; identifiée par la tradition au Hir-glaz de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon |
| Source hagiographique | Vita écrite en 884 par Uurmonoc, prêtre et moine de l'abbaye de Landévennec |
| Statut | L'un des sept saints fondateurs de la Bretagne, étape du Tro Breizh à Saint-Pol-de-Léon |
D'où vient la légende ?
Le motif de l'étole, et sa diffusion. C'est le point qui donne à cette page sa valeur au-delà de l'anecdote. Le geste de Paul Aurélien — passer l'étole au cou du dragon et le mener comme un chien — n'est pas propre à l'île de Batz. On le retrouve, presque à l'identique, chez saint Tugdual, avec un dragon de la vallée de Tréguier lié de l'étole et précipité depuis une pointe rocheuse ; et chez saint Clément de Metz, avec le Graoully lié de l'étole et conduit aux bords de la Seille — soit dans une autre région, une autre langue, un autre massif.
La Vita de saint Clément inspira, dit-on, plusieurs autres légendes de saints tueurs de dragons. Il y a donc un répertoire hagiographique partagé, et l'étole en est l'outil emblématique. Ce n'est pas un hasard : l'étole est le signe liturgique de l'autorité du prêtre. Le récit dit exactement ce qu'il veut dire — ce qui soumet la bête n'est pas la force mais la fonction.
Ce qui distingue le modèle breton. Contrairement à saint Georges, qui perce le dragon, les saints bretons ne tuent presque jamais. Paul Aurélien renvoie la créature à la mer. Tugdual fait de même. Clément, dans les versions anciennes, chasse plutôt qu'il ne noie. Le dragon — figure conventionnelle des anciens cultes — n'est pas anéanti mais déplacé, rendu aux éléments. Certaines lectures y voient une théologie moins brutale ; on peut aussi y voir un aveu : les anciens cultes n'avaient pas disparu, ils avaient reculé.
Le détail de l'épée bénie mais inutile, propre à la version conservée sur l'île, est de ce point de vue le plus éloquent. Le saint prend un guerrier avec lui, bénit son arme — et ne s'en sert pas. Le texte prend soin de convoquer la solution militaire pour montrer qu'elle est superflue.
Une source datable et située. Contrairement à beaucoup de légendes de cette série, celle-ci repose sur un texte identifié : la Vita rédigée en 884 par Uurmonoc, prêtre et moine de l'abbaye de Landévennec. C'est le même texte qui mentionne « Marc Conomor », reliant Paul Aurélien à la fois au pilier de saint Samson et à celui du roi Marc'h.
Sur les traces de Saint Paul Aurélien & le dragon : Île de Batz
Où voir — Le Toull ar Zarpant, le Trou du Serpent, à la pointe de l'île de Batz : le rocher d'où le dragon aurait été précipité. Les vagues y produisent toujours un bruit étrange.
À visiter — Les restes de la chapelle Sainte-Anne, sur l'île, qui abritent une statue de saint Paul Aurélien ; l'église de l'île, où l'on conserve une étoffe censée être la fameuse étole ; la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon, bâtie sur le site d'une église romane antérieure fondée par l'évêque Haman ; Roscoff ; Ouessant.
Lieux liés — Toull ar Zarpant (Trou du Serpent), île de Batz · Chapelle Sainte-Anne, île de Batz · Cathédrale de Saint-Pol-de-Léon · Ouessant · Roscoff
Sur la carte
Île de Batz, Bretagne — lieu identifié.
Emplacement de la légende : Île de Batz, Bretagne, coordonnées 48.7458 N, -4.0139 E.
Sources
L'épisode « Saint Paul Aurélien & le dragon » a été écrit à partir des sources suivantes.
- Uurmonoc, prêtre et moine de l'abbaye de Landévennec — Vita de saint Paul Aurélien, 884. Source hagiographique principale. Mentionne également « Marc Conomor ».
- Office de Tourisme de Roscoff — Le patrimoine de l'île de Batz. Version détaillée de la légende : le comte Withur, le guerrier de Cléder, l'épée bénie, le Toull ar Zarpant.
- Commune de l'île de Batz — Le trou du serpent. iledebatz.com — version locale du récit.
- Bernard Merdrignac — Les saints bretons entre légendes et histoire, Presses universitaires de Rennes, 2008
Texte et narration : Louis Brach · Épisode publié le · Page mise à jour le
Questions fréquentes sur Saint Paul Aurélien & le dragon
Quelle est la légende de saint Paul Aurélien et du dragon ?
Saint Paul Aurélien délivra l'île de Batz d'un dragon cracheur de flammes. Il lui passa son étole au cou, glissa son bâton dans le nœud, la mena jusqu'au Trou du Serpent, à la pointe nord de l'île, et lui ordonna de disparaître dans la mer. Le comte Withur lui offrit l'île.
Qu'est-ce que le Toull ar Zarpant ?
Toull ar Zarpant signifie « le Trou du Serpent » en breton. C'est le rocher, à la pointe de l'île de Batz, où la légende situe la chute du dragon. Les vagues qui s'y fracassent produisent, dit-on, un bruit étrange.
Le dragon de l'île de Batz a-t-il été tué ?
Non, et c'est un trait constant de l'hagiographie bretonne. Le dragon de l'île de Batz n'est pas anéanti mais renvoyé à la mer. Selon la version locale, saint Paul Aurélien prit même avec lui un guerrier de Cléder dont il bénit l'épée, sans avoir à s'en servir.
Qui était saint Paul Aurélien ?
Un moine né vers 492 à Glamorgan, dans le sud du pays de Galles. Débarqué à Ouessant, il prêcha le long de la côte nord du Finistère, fonda un monastère sur l'île de Batz puis l'évêché du Léon, à Saint-Pol-de-Léon.
Peut-on voir l'étole de saint Paul Aurélien ?
L'église de l'île de Batz conserve une étoffe censée être la fameuse étole avec laquelle le saint aurait lié le dragon. Les restes de la chapelle Sainte-Anne, sur l'île, abritent par ailleurs une statue du saint.
Pourquoi les saints bretons lient-ils les dragons avec leur étole ?
L'étole est le signe liturgique de l'autorité du prêtre : le récit signifie que ce qui soumet la bête n'est pas la force mais la fonction. Le motif se retrouve chez saint Tugdual à Tréguier et chez saint Clément de Metz avec le Graoully.
Comment se rendre sur l'île de Batz ?
Par vedette depuis Roscoff, dans le Finistère nord. L'île mesure trois kilomètres de long pour environ 300 hectares et compte quelque 500 habitants. C'est une région maraîchère réputée pour ses artichauts, tomates et pommes de terre.
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